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La scène ivoirienne est belle et bien présente dans le circuit international de l’art avec des artistes qui aujourd’hui trustent les foires et les ventes aux enchères dédiées à l’art contemporain africain : Joana Choumali pour la photographie, Yeanzi, Armand Boua ou Aboudia pour la peinture. D’autres figures, moins médiatiques, émergent progressivement.

#1 Méné

Méné, Indaffa, 2019, technique mixte sur toile, 200 x 200 cm. ©Méné / OH Gallery

Néo-naïf ? Méné s’inspire des peintures rupestres dont il aime la “pureté”. Dans ses compositions dépourvues de perspectives, l’artiste ivoirien crée des personnages schématisés et un bestiaire fantastique. Il expérimente plusieurs supports et pigments comme le Kaolin ou le sable, dans la lignée du mouvement moderniste Vohou-Vohou qui a, dans les années 1980, marqué une rupture avec l’enseignement académique. Le Vohou-Vohou a en effet encouragé les artistes à se départir de l’enseignement classique occidental pour se recentrer sur des matériaux locaux.

Méné vit et enseigne les arts plastiques à Dabou, à quelques kilomètres d’Abidjan. Il est notamment représenté par la galerie Out of Africa (Barcelone) et OH Gallery à Dakar.

#2 Pascal Konan

Pascal Konan, Deux étrangers du soir, Acrylique, pastel et javel sur toile, 145 x 145 cm. ©Pascal Konan

Pascal Konan a fait de l’urbanité son sujet de prédilection. Il fait partie de cette 3e génération d’artistes formée aux Beaux-Arts d’Abidjan, “une génération qui a un véritable discours sur la ville”, note le curateur Mimi Eroll. A l’instar d’Armand Boua ou d’Aboudia qui s’attachent à la figure des enfants de rue d’Abidjan, Konan peint des silhouettes presque fantomatiques comme écrasées par leur environnement. Les villes  représentent un enjeu majeur pour le continent : à l’horizon 2050, la population urbaine de l’Afrique devrait doubler.

Depuis quelques temps, le peintre introduit des comètes au sein de ses compositions. Comme pour signifier la catastrophe écologique à venir ? L’interprétation reste ouverte.

#3 Mounou Désiré Koffi

Mounou Désiré Koffi ,Mauvaises fréquentations, 2019, claviers de téléphone et acrylique sur toile, 164 cm x 124 cm. ©Olivier Sultan

Comme Pascal Konan, Mounou Désiré Koffi s’inspire de son environnement urbain. Pourtant, il se démarque par sa technique non-conventionnelle et engagée. L’artiste recycle de vieux téléphones cellulaires pour leur offrir une seconde vie en les utilisant pour créer des scènes de vie quotidienne. Mounou Désiré Koffi dénonce ici l’obsolescence programmée et cette pollution numérique dont on a encore du mal à mesurer l’ampleur.

Le peintre a souvent exposé à l’étranger, notamment à la galerie Art-Z à Paris l’an dernier.

#4 Bamouin Sinzé

Bamouin Sinzé, Evanescence #1, 2020. Courtesy de l'artiste et de la galerie Cécile Fakhoury.

C’est le nouveau protégé de Cécile Fakhoury (lire son portrait). En mars dernier à Abidjan, il inaugurait le nouvel espace de la galeriste consacré aux très jeunes plasticiens. L’artiste a une technique très personnelle esquissant des portraits évanescents avec de la suie. Sur le site de la galerie, Cécile Fakhoury explique : “sous sa toile renversée, la plupart du temps de nuit, Bamouin Sinzé, une bougie à la main, dessine dans l’air des lignes, des cercles, des courbes, à la manière d’une écriture invisible. La fumée transcrit ces gestes sur la toile par des marques grises et vaporeuses, fragiles. L’artiste cherche à représenter un fragment de temps immortalisé, à saisir l’impalpable, à figurer ce qui, inexorablement, finit par disparaître”.

#5 Zeinab Diomande aka Z The Rat

Ⓒ Zeinab Diomande, Z The Rat.

C’est l’outsider par excellence. Cette peintre au pseudonyme punk, mêle couleurs saturées et personnages désincarnés qui composent un univers tourmenté. En Côte d’Ivoire, on la catalogue parmi les néo-expressionnistes. Jean-Michel Basquiat fait parti de ses références mais son univers est tout à fait original. «On s’attend souvent à ce qu’une femme peigne des choses qui ont trait à la nature, donc au “beau”. Je suis d’apparence assez atypique et j’essaie d’allier mon travail avec”, confiait-elle au site irawo.

Elle étudie actuellement à l’université des Arts de Philadelphie.

Mais aussi…

La Côte d’Ivoire est une fabrique à peintres grâce à son école des Beaux-arts. Quelques photographes surgissent pourtant dans cette scène comme Malick Kébé (@from_abidjan) dont les mises en scène aux couleurs pop rappellent le Ghanéen Prince Gyasi qui, comme lui, photographie ses sujets au smartphone. Autre belle découverte : Kader Diaby (@kamder) qui s’inscrit dans la mouvance très actuelle de la photographie narrative.On aime particulièrement sa dernière série en noir et blanc dont le grain évoque les premiers temps de la photographie.

Enfin, comment ne pas parler de Paul Sika (@paulsika) que nous avions découvert en 2015 lors des Rencontres photographiques de Fès. Ses compositions extrêmement sophistiquées avec des couleurs retravaillées grâce aux outils numériques, soulignent le monde délirant de l’artiste qui transforme ses photographies en tableaux mythologiques. Depuis quelques temps pourtant, Sika se fait discret. Il prépare un nouveau projet totalement différent de ses précédents travaux, nous confie la fondation Donwahi qui devrait l’exposer prochainement.

Emmanuelle Outtier

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