LE MONDE NE SUFFIT PAS

En résidence à l’espace d’art indépendant le Cube, Mohamed Arejdal, autre figure phare de cette jeune scène marocaine bouillonnante, expose les travaux issus de ce « summer’s lab ».

 

Arejdal est un électron libre, effervescent et imprévisible. Il suffit de l’écouter raconter ses péripéties rocambolesques à la périphérie du Maroc. Il s’intéresse très tôt aux notions de territoires et de frontières qu’il aime questionner, voire transgresser. Après s’être échappé en 2001 du poste de la Guardia Civil des îles Canaries, où, il était retenu comme clandestin, il semble s’assagir et opte pour l’enseignement aux Beaux-Arts de Tétouan. Mais le Maroc ne lui suffit pas, il cherche à s’éclipser dès que possible dans une quête qui le pousse vers l’autre et l’ailleurs. Cette fuite en avant lui permet de concevoir ses premiers projets tout en allant à l’aventure. Ainsi, pour Aôbor (Traversée), il décide de se rendre à la Biennale de Dak’art en stop, traversant 3 pays différents. Le voyage est créatif  et ponctué de performances, happenings ainsi que par la production d’œuvres et d’une documentation abondante.

C’est la quintessence de cet esprit inventif et militant que l’on retrouve dans l’exposition du Cube. Pour l’occasion, Arejdal a préparé un étrange globe/moulin en pierre de Salé, métaphore d’un monde en mouvement. Il y aura aussi une installation in situ, constituée de cailloux glanés par l’artiste et qui fait écho à cette phrase qu’il a si souvent entendue dans la bouche de son père : « c’est avec les cailloux du bled que l’on peut construire le bled. »
Voilà peut-être la réconciliation avec ce pays qu’il a si souvent essayé de quitter et qu’il préfère désormais questionner de façon aigüe et citoyenne. Cela ne veut pas dire la fin du voyage mais peut-être la possibilité d’un port de retour. « Je n’arrive pas à traverser la rivière sans toucher l’eau, car j’ai aussi envie de l’eau. » conclut l’ancien vagabond devenu philosophe.

 

Syham Weigant

À la une

Vue de la Somerset House lors de la 14e edition de 1-54 Londres

1-54 Londres : l’effet tremplin

Treize ans après sa création, la foire 1-54 a-t-elle réussi son pari ? Pensée comme une plateforme de visibilité internationale pour les galeries et artistes...

Vue du stand de La Loft Art Gallery, Frieze Masters 2026. © David Owens

Londres, hub des modernismes arabes et africains

À Londres, Frieze Masters et 1-54 accordent une place croissante aux modernismes arabes et africains longtemps marginalisés par l’histoire de l’art occidentale. Au-delà de leur...

Vue de l'installation Hold de Tarek Atoui à la Tate Modern. © Tate Photography / Yiil Liu.

Des sons pour les yeux las : Tarek Atoui à la Tate Modern

Dans le Turbine Hall de la Tate Modern, l’artiste libanais Tarek Atoui déploie Hold, une installation sonore immersive dont notre auteure Vamika Sinha livre une...

Toni Maraini enseigne l’histoire de l’art à l’École des beaux-arts de Casablanca, 1965. Photo : Mohamed Melehi, courtesy des archives Toni Maraini.

Toni Maraini, aux avant-postes de la modernité marocaine

L’historienne et critique d’art Toni Maraini, qui enseigna aux Beaux-Arts de Casablanca de 1964 à 1972, est à l’honneur de la 47e édition du Moussem...