À Casablanca, la modernité de Hamidi en question

L’exposition « Absolument moderne » de Mohamed Hamidi offre un aperçu réjouissant de 60 ans de création.
Pour la plupart issues de collections particulières, les œuvres de Hamidi présentées à la Galerie 38 permettent d’embrasser la singularité d’un parcours. Faisant fi de toute approche chronologique, l’exposition « Absolument moderne » réussit à faire dialoguer les premières huiles sur toile des années 1960 avec des acryliques sur carton ou panneau des années 1980 jusqu’à des œuvres plus récentes. Le plaisir que prend le peintre à créer des formes aussi bien symboliques que figuratives en sort ainsi renforcé. On mesure combien la dimension érotique de ce travail revêt d’ailleurs, à travers le motif de l’oiseau, une dimension beaucoup plus cosmique que transgressive.

HAMIDI-(28-sur-82)-copie
Mohamed Hamidi, Sans titre, 1961, Huile sur toile 72,50 x 60 cm.

Influences cosmopolites

Le titre même de l’exposition nous invite à réfléchir à la modernité plastique d’un langage pictural forgé au contact de l’École de Casablanca où Hamidi enseigne de 1967 à 1975, mais fortement imprégné d’influences cosmopolites. De somptueuses œuvres abstraites réalisées dans les années 2000, où dans de subtils jeux de perspective se télescopent des pans entiers de couleurs, rappellent l’importance de la fresque murale à laquelle le peintre fut initié lors de ses études aux Beaux-Arts de Paris. Ces compositions architecturales dont l’une est discrètement surmontée d’une coupole restent sans doute les pièces maîtresses de l’exposition.

Moins représentés, les travaux dans lesquels Hamidi témoigne de son intérêt pour la sculpture africaine permettent néanmoins de réévaluer ce que la modernité plastique du groupe de Casablanca doit aussi à la redécouverte de son ancrage dans une territorialité que l’on ne peut réduire à celle d’un pays, tant l’histoire de l’art demeure ce que nous avons en partage de plus précieux, sans doute.
Olivier Rachet

Exposition « Absolument moderne » de Mohamed Hamidi, La Galerie 38, Casablanca, jusqu’au 20 janvier 2024

HAMIDI-©fouadmaazouz-2020--copie-2
Mohamed Hamidi , Sans titre, 1965, Huile sur toile de jute , 80 x 80 cm

HAMIDI (82 sur 82) copie
Mohamed Hamidi, Sans titre, 2023, Acrylique sur toile, 200 x 200 cm

HAMIDI (43 sur 82) copie
Mohamed Hamidi , Sans titre, 2010, Acrylique sur toile, 100 x 80 cm

À la une

Vue de la Somerset House lors de la 14e edition de 1-54 Londres

1-54 Londres : l’effet tremplin

Treize ans après sa création, la foire 1-54 a-t-elle réussi son pari ? Pensée comme une plateforme de visibilité internationale pour les galeries et artistes...

Vue du stand de La Loft Art Gallery, Frieze Masters 2026. © David Owens

Londres, hub des modernismes arabes et africains

À Londres, Frieze Masters et 1-54 accordent une place croissante aux modernismes arabes et africains longtemps marginalisés par l’histoire de l’art occidentale. Au-delà de leur...

Vue de l'installation Hold de Tarek Atoui à la Tate Modern. © Tate Photography / Yiil Liu.

Des sons pour les yeux las : Tarek Atoui à la Tate Modern

Dans le Turbine Hall de la Tate Modern, l’artiste libanais Tarek Atoui déploie Hold, une installation sonore immersive dont notre auteure Vamika Sinha livre une...

Toni Maraini enseigne l’histoire de l’art à l’École des beaux-arts de Casablanca, 1965. Photo : Mohamed Melehi, courtesy des archives Toni Maraini.

Toni Maraini, aux avant-postes de la modernité marocaine

L’historienne et critique d’art Toni Maraini, qui enseigna aux Beaux-Arts de Casablanca de 1964 à 1972, est à l’honneur de la 47e édition du Moussem...