À Casablanca, Ibn El Farouk transforme ses souvenirs d’enfance en abstractions photographiques

En mêlant différents médiums, le photographe Ibn El Farouk invite le spectateur à un lent travail de déchiffrage contemplatif d’un monde dans lequel la technique ne serait plus une fin en soi.
L’exposition « Rémanence » présentée actuellement à la Galerie Shart permet au photographe Ibn El Farouk, résidant en région parisienne, de convoquer des souvenirs déterminants de son enfance casablancaise. « Comme disait le poète Rilke, nous confie l’artiste, l’enfance c’est le coffre-fort. Et l’océan a été mon premier refuge, le premier contact avec l’horizon ». Aussi la plage de Mriziga, à côté de laquelle fut construite des années plus tard la mosquée Hassan II et où le photographe se souvient avoir glané des bouts de film près des cinémas de quartier avec lesquels il créait ses premiers « boîtiers de curiosité », est-elle le point de départ d’un travail d’introspection de soi aussi bien que de l’outil photographique. Ce sont ces premières impressions d’enfance et cet émerveillement originel devant les phénomènes de fixation de la lumière qu’Ibn El Farouk cherche aujourd’hui à retrouver. Il a pour ce faire recours à différents médiums dont une série de tirages pigmentaires révélant l’étendue du spectre lumineux. Réalisés à partir d’un dispositif photographique qui lui est propre, consistant à supprimer l’objectif de son appareil, ces tirages renouent avec la technique de la camera obscura lui permettant de « capter des flux de lumière ». 

Rémanence-#2-(1)
Ibn El Farouk, Rémanence #2, 2025, photographie, tirage jet d’encre pigmentaire, 110/140 cm, Edition 3+1ea. Courtesy de l’artiste et de la galerie Shart.

Que reste-t-il de la photographie ? 

Ne sommes-nous pas à rebours d’un usage devenu servile d’un enregistrement permanent du monde dont nous ne savons plus contempler la lenteur des transformations ? Reconnaissant vouloir exploiter « les limites du médium photographique », l’artiste questionne aussi la viralité des images dont nous nous repaissons. « Aujourd’hui, avec ce flux continuel, que reste-t-il de la photographie ? se demande-t-il. Il reste à explorer sa matière car la photo ne peut pas être qu’une prise de vue narrative ». Si les tirages pigmentaires rappellent parfois l’univers de Mustapha Azeroual, leur approche de la photographie reste pourtant aux antipodes. Là où Azeroual renoue avec des procédés anciens telle que la gomme bichromatée, Ibn El Farouk développe une approche plus expérimentale. La matière de l’acte photographique et celle de l’enfance sont ainsi retravaillées à partir des deux autres supports auxquels l’artiste a recours dans l’exposition. Sur des galets glanés sur la plage de Mriziga, est transférée une émulsion gélatineuse que l’on retrouve numérisée dans la vidéo L’écho de l’écume faisant entendre les mots du poète Mostapha Nissaboury : « Les pierres au rivage sont les archives de l’écume, elles entendent ce que la mer ne dit pas ». L’artiste donne ici forme à une véritable chorégraphie aquatique, qui s’apparente pour lui à « un deuxième océan métaphorique ». Citant le poète Adonis, Ibn El Farouk conclut par ces mots d’une rare humilité : « L’enfant que j’étais m’a revisité ». 

Olivier Rachet 

Exposition « Rémanence » d’Ibn El Farouk, Galerie Shart, Casablanca

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Vue de l’exposition « Rémanence » à la Galerie Shart (Casablanca).
Gamahé
Ibn El Farouk, Gamahé, émulsion sur galet de l’océan Atlantique, dimensions variables. Courtesy de l’artiste et de la galerie Shart.
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Vue de l’exposition « Rémanence » à la Galerie Shart (Casablanca).

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