Abdelhamid Belahmidi brise les chaînes de la société post-moderne

Shortlisté pour le Cap Prize 2023, Abdelhamid Belahmidi a commencé la photographie en autodidacte en 2017. Ses images conceptuelles, empreintes de nostalgie, interrogent son quotidien d’employé au sein d’un système qu’il juge aliénant, celui de la société de consommation.
Créer pour résister. Chez Abdelhamid Belhamidi, la photographie répond à un besoin viscéral de s’exprimer pour conjurer le flux de (dés)information constant de notre monde hyperconnecté. À travers ses clichés scénarisés, ce jeune Casablancais de 32 ans cherche à mettre en lumière l’impact du travail sur la santé mentale et le déterminisme inconscient que nous impose la société de consommation. Pour lui, les réseaux sociaux et la curiosité malsaine qu’ils nourrissent sont devenus un outil de contrôle qui nous détourne de la connaissance et du savoir, voire même de nos valeurs. 

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Abdelhamid Belahmidi, Where is the sea?, 2021. Courtesy de l’artiste

Dans sa série Where is the sea ?, Belahmidi met en scène des personnages qui viennent de l’océan pour se confronter au monde hyperconnecté. Vêtus de simple pagnes blancs, ces êtres purs qui semblent venus d’ailleurs se retrouvent coincés dans une boucle narrative, écho fataliste à l’infinite scroll des réseaux sociaux. La mer ici sert de métaphore à l’impermanence, mais aussi à la mère, qui porte la vie dans son liquide amniotique.

Le personnage principal, incarné par le performer Khalid Raji, se retrouve alors emprisonné dans une pièce exiguë placardée de planches de manuels scolaires des années 1980 que l’artiste assimile à de la propagande intellectuelle. Après une période d’errance, muni d’un journal volumineux et encombrant qui faisait 800 mètres de long initialement, le jeune éphèbe choisit finalement de retrouver la quiétude de la mer. Sauf qu’il est trop tard et que les écrans noirs ont déjà pris le contrôle de son existence.

Si Abdelhamid Belahmidi travaille avec un appareil digital, sa démarche reste très organique, de la création d’un storyboard et d’un séquencier pour construire la narration, à la fabrication laborieuse et chronophage d’accessoires, en passant par l’utilisation d’objectifs pour pellicules. En post-production, le grain de la photo est conservé, voire accentué, pour traduire l’intemporalité et la nostalgie assez représentative de cette génération née dans les années 1990.

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Abdelhamid Belahmidi, Where is the sea?, 2021. Courtesy de l’artiste

D’abord présentée en 2021 à l’occasion d’un open studio dans le cadre du collectif Kan3awd, co-fondé par Belahmidi et le réalisateur Nabil Qerjij, la série photo donnait à voir tout son univers symbolique au moyen d’installations vidéos, de mapping et de performances, ainsi que des décors et accessoires ayant servi au shooting. Dans son rapport ambivalent au digital, l’artiste tenait à s’affranchir de la pression de l’algorithme et à faire vivre une expérience matérielle, immersive et interactive aux visiteurs pour qu’ils puissent ressentir l’étouffement et la charge mentale suggérés sur les clichés. Where is the sea ? a ensuite été montrée dans le cadre du festival Face à la mer à Tanger, avant d’être présentée au Visa pour l’image à Perpignan et à Sharjah aux Émirats Arabes Unis. Abdelhamid Belahmidi est actuellement en lice pour le Cap Prize 2023*, où cinq artistes sur les vingt-cinq sélectionnés seront récompensés. Les résultats seront annoncés au mois de juin à l’occasion de la foire Photo Basel International Art Fair. * Meryem Sebti, directrice de la rédaction de Diptyk, fait partie du jury du Cap Prize – Prix international de la photographie africaine 2023Par Chama Tahiri

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