AHMED HAJOUBI, A MÊME LE METAL

 

Comme le dit André Du Bouchet à propos de poésie, l’art d’Ahmed Hajoubi est « un étonnement et les moyens de cet étonnement ». Qu’il peigne, dessine, sculpte, intervienne sur des ready made ou crée des installations, l’artiste conçoit son œuvre avec la naïveté inventive de l’enfant, la gaucherie savante de celui qui sacrifie le sérieux du monde aux vertus d’émerveillement du jeu et de la blague. Dans presque toute l’œuvre antérieure de l’artiste, le bateau était le signe de cet indéfectible attachement à l’univers infantile. Dans les travaux récents que montre aujourd’hui l’exposition « Qorchal » à la galerie Bab Rouah, ce sont d’autres objets, dysphoriques cette fois, qui servent de fil conducteur à l’exploration de l’enfance : le coussin noir et, surtout, la carde. L’artiste raconte que sa mère l’a porté sur le dos pendant cinq ans. Pour le désaccoutumer de cette posture, elle s’est résignée à suivre le conseil de ses amies : placer une carde, un qorchâl, entre son dos et son ventre à lui. On imagine l’effet. La profusion de cardes que donnent à voir les nouvelles toiles et installations sont donc une revanche esthétique sur un vieux malaise. Elles disent surtout la subtilité de l’art à ériger la mémoire en possibilités créatrices.

 

Youssef  Wahboun

 

Ahmed Hajoubi, « Qorchal »

Galerie Bab Rouah, Rabat

jusqu’au 30 décembre 2014

www.hajoubi.ma

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