AKAA a jouer un rôle dans la construction d’un marché pérenne

Après une première édition réussie qui avait réuni 40 artistes et 15 000 visiteurs en trois jours, la foire spécialisée parisienne revient au Carreau du Temple. L’occasion de faire le point avec sa fondatrice sur ce boom de l’art contemporain africain dont tout le monde parle. 

1969, Jamaâ El Fna. Melehi, Belkahia, Chebaa, Hafid et Hamidi organisent une exposition manifeste. « Nous voulions faire naître un débat, pour que la charrue cesse d’être mise avant les bœufs. D’autres manifestations ont suivi, dans les lycées, sur les places publiques, pour vulgariser l’art, éviter qu’il ne reste l’apanage d’une société aisée, cantonnée dans ses certitudes », affirmait alors Melehi. Un demi-siècle après la mythique exposition du groupe de Casablanca, la Compagnie marocaine des œuvres et d’objets d’art (CMOOA) commémore l’événement avec un «retour à Jamaâ El Fna» fortement engagé à partir du 22 décembre. Des œuvres de Mohamed Melehi, Mohammed Chebaâ, Farid Belkahia, Saâd Ben Cheffaj, Mustapha Hafid, Mohamed Hamidi, Miloud Labied, Bachir Demnati, Abdellah El Hariri et Houssein Miloudi seront exposées à l’espace Bank Al Maghrib de Jamaâ El Fna. L’événement, qui se propose de rappeler le geste fondateur du groupe – et de tracer une voie en s’en inspirant –, sera suivi d’une vente aux enchères.
Le marché français est-il aussi dynamique que celui de Londres ou de New York en termes d’achats ? 

Il est en très bonne voie de le devenir. Il accuse certes un retard, mais à deux mois de la seconde édition d’AKAA, nous constatons, via nos réseaux de collectionneurs, que l’intérêt est grandissant. Et ce d’autant plus qu’entre la première et la seconde édition, la programmation de grandes institutions parisiennes a jeté un coup de projecteur sur cette scène artistique africaine. Pensons à l’exposition « Afriques Capitales » à la Villette, ou à celle de la Fondation Vuitton, « Art/ Afrique, le nouvel atelier ».

Vous dites que le marché français est en retard, pourquoi l’est-il ? 

On a la réputation en France d’être de fins connaisseurs des arts traditionnels africains. Il suffit de voir le nombre de galeries spécialisées Rive Gauche à Paris, avec un événement comme « Le parcours des mondes », rendez-vous des spécialistes et amateurs d’art traditionnel extra-occidental depuis 15 ans. Cet intérêt a éclipsé pendant un temps une scène plus contemporaine, me semble-t-il.

Jusqu’à l’exposition emblématique « Magiciens de la Terre » à Paris en 1989 ? 

Effectivement, des initiatives pionnières sont nées en France. Il y a également eu la Revue Noire[trimestriel consacré à l’art du continent (1991-2000), ndlr] ou l’exposition « Africa Remix » au Centre Pompidou en 2005. Mais depuis, il ne s’était pas passé grand-chose. Le marché en France a redémarré il y a deux ou trois ans grâce à des expositions comme « Beauté Congo » [Fondation Cartier en 2015, ndlr], qui ont joué un rôle catalyseur. Mais ce qui me semble significatif est que le développement de cette scène africaine contemporaine ne se produit pas qu’à Paris mais également en province. Ces artistes sont montrés à Lille, au Havre ou à Lyon, pendant la biennale.

Qui achète de l’art contemporain africain en France ? 

Lors de la première édition, les acheteurs étaient très variés. De grands collectionneurs d’art contemporain, qui ne collectionnaient pas forcément d’art contemporain africain, ont parfois fait entrer pour la première fois dans leur collection des artistes présentés à AKAA. Les institutions ont également répondu présent. Le Centre Pompidou, qui renforce actuellement ses acquisitions modernes et contemporaines sur l’Afrique, a fait l’acquisition d’une dizaine de photographies de Mário Macilau, représenté à AKAA 2016 par la galerie Ed Cross Fine Art. Puis, qui dit marché émergent, dit aussi jeunes artistes dont le prix des œuvres reste encore raisonnable, ce qui a donné l’opportunité à de jeunes collectionneurs de faire leurs premières acquisitions.

À la une

Vue de la Somerset House lors de la 14e edition de 1-54 Londres

1-54 Londres : l’effet tremplin

Treize ans après sa création, la foire 1-54 a-t-elle réussi son pari ? Pensée comme une plateforme de visibilité internationale pour les galeries et artistes...

Vue du stand de La Loft Art Gallery, Frieze Masters 2026. © David Owens

Londres, hub des modernismes arabes et africains

À Londres, Frieze Masters et 1-54 accordent une place croissante aux modernismes arabes et africains longtemps marginalisés par l’histoire de l’art occidentale. Au-delà de leur...

Vue de l'installation Hold de Tarek Atoui à la Tate Modern. © Tate Photography / Yiil Liu.

Des sons pour les yeux las : Tarek Atoui à la Tate Modern

Dans le Turbine Hall de la Tate Modern, l’artiste libanais Tarek Atoui déploie Hold, une installation sonore immersive dont notre auteure Vamika Sinha livre une...

Toni Maraini enseigne l’histoire de l’art à l’École des beaux-arts de Casablanca, 1965. Photo : Mohamed Melehi, courtesy des archives Toni Maraini.

Toni Maraini, aux avant-postes de la modernité marocaine

L’historienne et critique d’art Toni Maraini, qui enseigna aux Beaux-Arts de Casablanca de 1964 à 1972, est à l’honneur de la 47e édition du Moussem...