À Marrakech, les trois coups de coeur de DIPTYK

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Diptyk a sillonné avec frénésie les nombreux vernissages qui ont animé la ville pendant la foire 1-54 . Trois oeuvres qu’il ne fallait pas manquer :

Amine el Gotaibi, de fils et de laine

C’est sans doute l’oeuvre qui nous aura le plus agréablement surpris. Amine el Gotaibi revient en force et assène un grand coup avec une installation in situ, Perspective de séduction, qui tisse de fils de laine le patio de Dar Moulay Ali. L’immersion opère dès l’entrée, Gotaibi introduit son propos sur la servitude volontaire – symbolisée ici par le motif récurrent de la brebis – grâce à un dispositif qui oblige le visiteur à courber l’échine sans qu’il ne s’en rende tout à fait compte. Il entre de plain-pied au cœur des préoccupations de l’artiste sur la verticalité du pouvoir. L’expérience est sensorielle à la fois extrêmement visuelle – les fils de laine sont autant de lignes de fuite qui redessinent Dar Moulay Ali – que auditive et olfactive. Les chants de l’Atlas tout comme l’odeur de la laine brute envahissent l’espace habituellement policé de la maison du Consul. Ici, il est bien question de brouiller les frontières entre monde urbain et monde rural, centre et périphérie. Gotaibi joue des contrastes, joue des textures tour à tour épaisses comme le massif textile “Désert de laine » et aériennes comme ces fils s’échappant vers le ciel. Au final tout réside là, dans cette “insoutenable légèreté de l’être”, cette inéluctable pesanteur des empêchements individuels et collectifs.
Amine el Gotaibi, “Perspective de séduction”, Dar Moulay Ali, jusqu’au 31 mai

Mustapha Akrim, après le déluge

Chut! La Nature Morte de Mustapha Akrim impose le silence. Celui du recueillement. Quelque chose n’est plus. Les carcasses d’animaux, pétrifiées dans le béton, s’amoncellent sur la table du sacrifice. Ce sacrifice, c’est celui de l’homme devenu prédateur pour son environnement. Il y a dans cette installation la beauté classique des natures mortes qui infusent l’histoire de l’art mais aussi cette monstruosité tragique qui fige le regard et entraîne le spectateur dans une sidération. Il veut fuir cette désolation, ce tombeau qu’il a lui-même creusé mais reste fasciné par sa propre infamie.
Poésies africaines, “Comptoir des mines”, jusqu’au 22 avril

Zainab Andalibe, mystique

Zainab Andalibe se joue du plein et du vide,  de la forme et de la ligne. Au sein de l’exposition “Material Insanity”, l’oeuvre de la plasticienne trouble par sa minutie : plusieurs mètres de fils de laiton s’enroulent et s’entrecroisent. C’est un appel à la rêverie, l’esprit se laisse emporter par les sinuosités de l’oeuvre comme le derviche tourneur par le mouvement de son corps qu’il inscrit dans des cercles répétitifs. Quelque chose de l’ordre du cosmos.
“Material Insanity”, Macaal, jusqu’en septembre 2019.