[EDITO HORS-SÉRIE] Artistes entre deux rives

C’est un projet auquel Diptyk est fier de participer. En nous confiant la réalisation d’un hors-série sur les artistes de la « diaspora marocaine » pour le SIEL 2025, le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), en la personne de Driss El Yazami, ne mesurait pas qu’il nous invitait à réfléchir à l’ADN de ce magazine fondé en 2009, en même temps qu’il nous posait un problème de terminologie.

À la question « pourquoi Diptyk ? », j’ai souvent expliqué qu’un diptyque, tableau en deux volets, nous met face à un paradoxe. Le dispositif de l’image crée la fiction de sa continuité mais révèle en même temps la suture. Dès sa création, le projet de notre magazine a été de bâtir, depuis le Maroc où nous sommes, un propos nouveau sur l’art moderne et contemporain qui se déploie sur les espaces qui nous complètent, historiquement et géographiquement : l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique. En traçant ces chemins, nous avons réécrit les grandes pages des expériences migratoires des artistes postindépendance, Ahmed Cherkaoui en Pologne, Jilali Gharbaoui en France ou encore Mohamed Melehi en Italie et aux États-Unis. Nous avons également noué des relations fortes, intellectuelles et amicales avec nos contemporains, des artistes marocains rencontrés en France, Belgique, Hollande, États-Unis ou Espagne. Nous avons parlé identité, exil, archives, histoire décoloniale, humour, récits, silences, condition féminine, botanique, poésie… Ce sont eux que l’on retrouve avec bonheur, 16 ans plus tard, dans ce hors-série.

Mounir Fatmi, Yto Barrada, Malik Nejmi, Chourouk Hriech, Najia Mehadji, Amina Rezki, Anuar Khalifi, Hicham Berrada et tant d’autres appartiennent à des générations différentes et leur travail parle concrètement ou métaphoriquement du lien très enchevêtré entre le Maroc et le second pays qu’ils habitent. Se considèrent-ils comme des artistes de la « diaspora » ? Les réponses ont été complexes et donné lieu à de vifs débats. Certains d’entre eux se voyant davantage comme des « Marocains du monde », inspirés peut-être par l’importante production d’images et de récits positifs autour de l’héroïque équipe marocaine de football. Le retour aux définitions apporte toujours un début de solution. D’après la majorité des sources consultées, « une diaspora est la dispersion d’une communauté ethnique ou d’un peuple à travers le monde ». C’est donc dans ce strict sens, débarrassé de toute connotation, que nous l’utilisons dans ce numéro, tout en livrant l’extrême richesse thématique à laquelle donnent lieu ces circulations artistiques.

Largement élaboré à partir des archives des 71 numéros parus depuis juin 2009, ce hors- série est l’occasion de relire les œuvres à la lumière d’un monde qui change. Vous y lirez aussi, en plus des auteurs habituels de notre rédaction, les textes de curateurs comme Brahim Alaoui ou Mohamed Rachdi qui ont, dans des expositions ayant marqué les années 2010, largement encouragé les artistes à traverser les territoires. Ce hors-série pourrait servir de point de départ pour de nouvelles « Traversées »*.

Meryem Sebti

* Référence au titre de l’exposition « Traversées » curatée par Brahim Alaoui, présentée à Paris, au Caire et à Rabat en 2008 et 2009.

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