Ce que nous réserve la rentrée artistique marocaine

De Tanger à Marrakech, en passant par Casablanca et Rabat, la rentrée artistique se met doucement en ordre de marche. Nouveaux lieux, jeunes scènes, retours attendus et photographie en force : tour d’horizon d’un automne qui commence à prendre forme.

Par Meryem Sebti

Christophe Miralles, Au-delà des nuages (2026), huile sur toile, 200 × 280 cm.
Christophe Miralles, Au-delà des nuages (2026), huile sur toile, 200 × 280 cm.

Septembre est toujours un peu poussif au Maroc. Il fait encore chaud, les esprits sont à peine revenus de vacances et les galeries se gardent bien de dégainer trop tôt. Cette année, la rentrée commencera donc vraiment le 17 septembre. Mais à regarder ce qui se prépare de Tanger à Marrakech, en passant par Casablanca et Rabat, on sent frémir quelque chose.

À Tanger, d’abord, le festival « Être ici » revient le 13 septembre pour une sixième édition : une journée, sept lieux, des artistes, des performances et des bâtiments souvent fermés au public. Le format presque « Journées du patrimoine » est modeste dans sa durée mais assez intelligent dans son rapport à la ville. Après le succès de Photo Tanger en juin dernier (dont les expositions sont en démontage en ce moment), il confirme surtout le potentiel de Tanger pour l’image : son histoire cosmopolite, son architecture, ses lieux, cette lumière unique qui découpe le ciel tout comme le détroit qui attire toujours les photographes.

Mohamed Khamaily, Espace sonore – Spectrograph.
Mohamed Khamaily, Espace sonore, spectrographe. © Mohamed Khamaily

À Casablanca, le 17 septembre donnera le véritable coup d’envoi. « Momentum », exposition des finalistes du sixième Prix Mustaqbal, est désormais l’un des rendez-vous à surveiller pour prendre le pouls de la scène émergente. Cette année, le jury accueille de nouveaux visages, avec notamment Bouchra Khalili, Ymane Fakhir, Mahi Binebine, Victoria Jaunasse (Prix Ellipse) ou encore Khadija El Abyad : le casting dit assez la place qu’a prise le prix.

Le même jour, Loft Art Gallery inaugure son nouvel espace à Casablanca Finance City. Le déplacement plein sud n’est pas anodin : quitter le Casablanca des années 90 (quartier Racine) pour parier sur un quartier neuf, encore en train d’inventer ses usages, dit quelque chose du nouveau Casa. Un risque mesuré pour une galerie dont l’activité se joue désormais largement entre son lieu au Guéliz à Marrakech et les foires internationales, dont  Frieze Masters en octobre avec un solo show de Mohamed Melehi.

Safaa Erruas, L'entre-champs , 2026, technique mixte, 40 × 50 cm.

La suite se jouera aussi dans les galeries. Le 24 septembre, AA Gallery ouvre Views on the Wall avec Christophe Miralles. À L’Atelier 21, Safaa Erruas revient avec « Habiter l’interstice » (29 septembre), après un assez long silence casablancais. On retrouvera avec plaisir cette figure importante de la génération famboyante des Beaux-Arts (celle de Younes Rahmoun, aussi) et ce vocabulaire si singulier de la fausse délicatesse : le blanc, le fil, la légèreté apparente, mais aussi l’aiguille, la lame et la coupure. Dans le travail d’Erruas, la douceur formelle est toujours à double tranchant. En octobre, Shart accueillera  Fatime-Zahra Morjani, autre rendez-vous à suivre.

À Marrakech, Meriem Bouderbala s’installe chez Noir sur Blanc dès le 22 septembre, l’occasion de retrouver cette artiste tunisienne qui a fortement marqué la scène des années 2010. On attend avec impatience Hassan Bourkia au Comptoir des Mines en octobre, artiste lettré chez qui peinture, littérature et pensée n’ont jamais vraiment cessé de converser.
Du 22 au 25 octobre, Art Meets You remettra enfin en réseau galeries et lieux d’art de la ville : un format collectif dont il faudra regarder cette année la programmation.

Enfin, à Rabat, le MMVI prépare en novembre la grande rétrospective du cinéaste photographe Daoud Aoulad-Syad, autre signal fort d’une saison où la photographie marocaine gagne enfin une place institutionnelle à sa mesure.

Cette rentrée tardive dessine déjà assez précisément la carte de l’automne marocain.