Dans l’atelier de… Fatine Arafati

Fatine Arafati poursuit sa réflexion sur l’intime avec un ensemble de sculptures illustrant les non-dits. Elle s’intéresse également aux liens entre pouvoir et création, ainsi qu’à l’impact de l’art sur les mythes nationaux. Nous l’avons rencontrée cet été dans son studio.

Lors de sa résidence de trois mois l’été dernier, dans le cadre du programme Résidence Méditerranée à la Friche Belle de Mai à Marseille, nous avons retrouvé Fatine Arafati dans son atelier. La jeune artiste de 27 ans engageait alors un dialogue intime entre la matière et l’émotion, faisant de ses recherches une quête pour dévoiler ce qui, jour après jour, demeure systématiquement et banalement tu. À travers sa pratique de la sculpture et de la peinture, elle explore des procédés visuels et sonores pour exprimer ces moments intenses où l’émotion, souvent réprimée, façonne la relation des femmes au monde, en particulier dans des contextes sociaux marqués par l’autorité patriarcale et les inégalités générationnelles. L’artiste s’est notamment penché sur l’intimidation, une émotion qui a marqué ses années estudiantines, moment charnière où l’adulte en devenir se forme en quittant l’enfance. Ses sculptures en terre cuite sont reproduites en gélatine (cristal gel), en référence à la salive difficile à avaler lors des moments de détresse. Ses œuvres représentent tantôt une tête de taureau qui symbolise pour l’artiste la charge émotionnelle retenue, tantôt une figure de « sirène malade qui ne chante plus ». Ces représentations matérialisent cet instant où l’angoisse entrave la parole, où la gorge se serre et les mots manquent et reflètent les pressions subies par les jeunes femmes dans leur vie personnelle, académique ou professionnelle.

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Vue de l’atelier de Fatine Arafati

Le pouvoir, l’intime et l’artLe projet de Arafati se poursuit avec une vidéo montrant la dissolution progressive des sculptures en terre cuite dans l’eau. Le crépitement produit par la désintégration de la matière solide suggère ainsi la libération d’une parole longtemps étouffée. L’artiste présente ici le poids du silence non comme une absence mais comme un acte de résistance. Ainsi, chaque œuvre devient une voix qui s’élève et se libère, comme « une soif étanchée », dit-elle.Mais Fatine Arafati ne s’intéresse pas seulement à l’intime. On observe, un peu plus loin dans le studio, qu’elle a débuté un nouveau projet axé sur l’histoire, en particulier sur Charlemagne. Cette figure emblématique de l’imaginaire collectif français l’a interpellé après avoir découvert les collections du Mucem. En scrutant les représentations picturales et littéraires de Charlemagne, souvent dépeint avec une majestueuse barbe alors qu’il était en réalité imberbe, elle interroge, à travers une composition picturale mêlant sérieux et humour, la manière dont l’art façonne des mythes. Elle questionne ainsi les mécanismes de l’histoire et de la mémoire, mettant en lumière la tension entre réalité et fiction dans la construction du récit national. Les recherches de Fatine Arafati sont ancrées à la fois dans le matériau et le symbolique, se déployant en une réflexion engagée sur les liens entre le pouvoir, l’intime et l’art.Salima El Aissaoui

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Vue de l’atelier de Fatine Arafati
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Vue de l’atelier de Fatine Arafati

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