EDITO 43: Parler de soi, parler au monde

Le musée Mohammed VI rend hommage à Ahmed Cherkaoui, figure centrale de la modernité marocaine, décédé il y a tout juste 50 ans. La jeune institution signe une ingénierie muséale 100 % marocaine, livrée en temps record, à laquelle elle a associé la majorité des fondations privées et publiques marocaines en qualité de prêteurs. Des institutions comme l’IMA, le Centre Pompidou ou le Mathaf ont également prêté des œuvres emblématiques d’Ahmed Cherkaoui qu’ils ont acquises ces vingt dernières années. Au centre de ce dispositif, Nourdine Cherkaoui, son fils, veille depuis sa majorité sur la postérité du peintre. Il a suivi les six mois de préparation de cette importante exposition et confié Solstice, le trésor de sa collection, une œuvre hors normes dans la carrière de Cherkaoui.

Pourquoi cette exposition, finalement assez réduite en taille, est-elle si importante pour notre pays ? Parce que Cherkaoui est resté une figure mythique dans notre imaginaire, bien que nous ayons eu trop peu l’occasion de voir ses œuvres. Cette exposition, qui n’est pas une rétrospective, nous force à sortir du mythe et à retourner aux œuvres. Elle invite à découvrir ce précurseur de la peinture moderne au Maroc, dont l’œuvre incarne un moment crucial de l’histoire de l’art : la période post-Indépendance où les artistes ont inventé un chemin vers une modernité artistique « en phase avec leur culture », comme l’écrit Brahim Alaoui.

Dans l’important dossier que nous consacrons à cet événement, des contributions de Brahim Alaoui, Bruno Nassim Aboudrar, Toni Maraini et Mohamed Melehi tentent d’apporter un éclairage très complet sur cet artiste important qui sort de la légende pour entrer dans le débat et la construction d’un savoir. S’y intéresser, au Maroc, par le travail scientifique d’une équipe muséale, c’est se réapproprier un héritage qui parle de nous. Parler de soi, interroger l’histoire, revenir aux œuvres, engager le débat, comprendre ce qu’il reste aujourd’hui des recherches menées par la génération post-Indépendance est le véritable travail que nous devons faire et que fait le Musée Mohammed VI.

C’est à ce même travail d’élucidation que nous invite Simon Njami, commissaire de la 13e Biennale de Dakar qui s’ouvre début mai et à laquelle nous sommes associés comme partenaire média. Dans l’entretien qu’il accorde à Diptyk, avec sa voix si particulière et sans complaisance, il insiste sur la nécessité pour l’Afrique de se fabriquer une vision d’elle-même. Car comme il le dit : « Qu’est-ce qui est important ? Qu’on entende sa voix à Dakar ou à New York ? Le jour où elle sera audible à Dakar, New York écoutera. »

Meryem Sebti 
Directrice de la publication et de la rédaction

À la une

Vue de la Somerset House lors de la 14e edition de 1-54 Londres

1-54 Londres : l’effet tremplin

Treize ans après sa création, la foire 1-54 a-t-elle réussi son pari ? Pensée comme une plateforme de visibilité internationale pour les galeries et artistes...

Vue du stand de La Loft Art Gallery, Frieze Masters 2026. © David Owens

Londres, hub des modernismes arabes et africains

À Londres, Frieze Masters et 1-54 accordent une place croissante aux modernismes arabes et africains longtemps marginalisés par l’histoire de l’art occidentale. Au-delà de leur...

Vue de l'installation Hold de Tarek Atoui à la Tate Modern. © Tate Photography / Yiil Liu.

Des sons pour les yeux las : Tarek Atoui à la Tate Modern

Dans le Turbine Hall de la Tate Modern, l’artiste libanais Tarek Atoui déploie Hold, une installation sonore immersive dont notre auteure Vamika Sinha livre une...

Toni Maraini enseigne l’histoire de l’art à l’École des beaux-arts de Casablanca, 1965. Photo : Mohamed Melehi, courtesy des archives Toni Maraini.

Toni Maraini, aux avant-postes de la modernité marocaine

L’historienne et critique d’art Toni Maraini, qui enseigna aux Beaux-Arts de Casablanca de 1964 à 1972, est à l’honneur de la 47e édition du Moussem...