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EDITO 46: S’attaquer à l’histoire, c’est reprendre le pouvoir

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Il n’y pas d’art féminin. Il y a des artistes, talentueux, puissants et parfois extralucides. Dans ce numéro, il se trouve que ces artistes qui ont quelque chose d’urgent à dire, une histoire à réécrire, ce sont des femmes.

Sous la plume technique et passionnante de Bruno Nassim Aboudrar, les images symboliques et militantes de l’artiste franco-marocaine Fatima Mazmouz, très remarquées en novembre à Paris Photo, dévoilent Bouzbir,« quartier des femmes, plus précisément de leur sexe, quartier d’images, quartier réservé. Mazmouz aborde le stock d’images généré, en son temps, par Bouzbir, forte du code artistique qu’elle élabore avec rigueur depuis une quinzaine d’années ».

C’est à un autre symbole que s’attaque la jeune artiste Mariam Abouzid Souali qui livre avec courage et force physique une toile aux dimensions du célèbre Radeau de la Méduse. À l’heure où le phénomène migratoire défie la planète, Abouzid ose cette toile sublime et tragique.

Patience et geste répété. Safaa Erruas nous accueille dans son atelier pour faire encore et encore ce qu’elle fait de mieux : découdre, débroder, défaire, piquer, arracher, effilocher… dans cet œuvre en oxymore où la femme n’est pas brodeuse, le blanc n’est pas pureté et le coton n’est pas douceur. Elle crie en silence comme un enfant perdu dans la neige.

Zineb Fasiki, connue pour sa série Hshouma, sort momentanément des réseaux sociaux pour illustrer dansDiptyk le texte violent mais juste qu’Abdellah Taïa délivre du fond de ses tripes pour crier avec cette femme maltraitée par la violence ordinaire des hommes.

Rajae Benchemsi, écrivain, critique, femme de tête et de cœur, partagea la vie d’un homme qui a marqué le siècle. De Farid Belkahia qui fut son mari et auquel elle a consacré tant de textes, elle livre en cette fin d’année, dans un commissariat partagé avec Brahim Alaoui, une exposition au sein de la fondation éponyme qu’elle a créée il y a trois ans. Ce n’est pas une exposition de plus sur Belkahia. Elle retrace ce que furent ces années 60

aux Beaux-Arts de Casa. Une folie passagère. De celles qui laissent des traces. Il y avait Farid au centre, mais pas en haut puisque ces années, on le sait, s’écrivirent sans aucune forme de hiérarchie. Et avec lui, ils s’appelaient Melehi, Che- bâa, Hamidi, Aatallah, Agueznay… Ils occupèrent les Beaux- Arts de Casa comme on occupe une usine dans un mou- vement ouvrier. Ensemble, ils décidèrent qu’il était temps d’inventer autre chose : ils prirent henné, peaux, cuivres, tapis, tissages et inventèrent avec cet artisanat ce Maroc moderne dans lequel nous vivons aujourd’hui. C’est à ces fous passagers et lumineux que nous devons tout. Essayons d’en être dignes.

Meryem Sebti 
Directrice de la publication et de la rédaction
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