Taper pour chercher

EDITO 47: Nous sommes la terre du bricolage et de la réparation

Partager

La première fois que j’ai entendu le terme de « réparation », au sens qui m’intéresse ici, c’était chez l’artiste franco-algérien Kader Attia. L’essentiel de ses recherches tournent autour de la notion de repair, qui est aussi le titre d’une série de travaux. Textiles africains rapiécés, sol agrafé, plats de cuisine recollés… Avec une iconographie de la cicatrice riche et efficace, il montre que dans les sociétés orientales, africaines, « réparer signifie montrer que l’on a traité la blessure, donner une place aussi importante à cette réparation qu’à la blessure, bref, donner une seconde vie à la chose blessée ».

L’intellectuel Felwine Sarr, qui nous livre un entretien sur la restitution aux pays africains des biens acquis par spoliation coloniale ou violence, investit cette notion de réparation. Pour lui, « restituer c’est faire un pas dans le sens de l’histoire, dans le sens de la réparation… c’est rééquilibrer. C’est fonder une nouvelle éthique relationnelle, une nouvelle économie de l’échange basée sur la réciprocité et le respect mutuel ». S’ils se sont réinventés en Europe où, arrivés comme objets ethnographiques, ils ont inséminé un siècle d’art moderne européen par leur puissance visuelle et sémantique, ces mêmes objets symboliques ont été soustraits au regard de plusieurs générations en Afrique.

Du coup, quel est le socle de création des artistes contemporains du continent ? La notion de réparation. Elle traverse les productions des artistes africains comme un fil de suture rouge. L’œuvre magistrale du Sud-Africain Wil- liam Kentridge, dont Simon Njami trace un por- trait intimiste, traite de manière onirique et méta- phorique de la notion de réconciliation. Textiles, peinture, photo… je vous propose de suivre ce fil d’Ariane pour visiter la seconde édition de la 1-54. Commencez par les photographies rebrodées de l’artiste ivoirienne Joana Choumali, qui confie : « La broderie est ce que j’ai trouvé à faire pour me soulager et tisser un lien avec les autres ».

Meryem Sebti 
Directrice de la publication et de la rédaction
Tags:

Vous pouvez aimer aussi

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Suivant

Retrouvez-nous sur Instagram
@diptykmagazine
Instagram n'a pas retourné le status 200.