[Edito #53-54] «L’Art est la forme la plus aboutie de l’espoir »

Meryem Sebti, magazine Diptyk
Meryem Sebti, Directrice de la publication et de la rédaction du magazine Diptyk

Comme tout un chacun, la crise sanitaire nous a pris de court. Nous devions nous rendre à la Biennale de Dakar, à Paris pour la Drawing Now Art Fair, à Art Basel et participer à l’ouverture de la saison Africa 2020. Mais le temps évènementiel s’est soudainement figé. La presse s’est arrêtée, empêchant la sortie de notre numéro d’avril. Passé le temps de la sidération, nous avons eu l’impression de retrouver un rapport à l’art plus intime, débarrassé des contingences sociales ordinaires. Le monde de l’art contemporain a semblé accomplir définitivement sa bascule digitale pour nous donner à voir des œuvres dans leur plus simple appareil. L’art s’est offert à notre regard, par réseaux sociaux et sites internet interposés, avec une familiarité qui nous a d’abord surpris.

À notre tour, nous avons tiré profit de cette situation pour opérer notre propre bascule digitale. Petit à petit, le contact s’est renoué avec les artistes. De nouvelles rubriques sont apparues sur notre site : Work in progress, Ping Pong Theory… De Mounir Fatmi à Chourouk Hriech, beaucoup ont répondu à nos sollicitations et nous ont donné des nouvelles de leur travail et de leur confinement. Le monde ne s’était donc pas totalement arrêté de tourner. Beaucoup se demandaient ce qu’il adviendrait du « monde d’après » : entre le mouvement Black Lives Matter dont les artistes se sont emparé et la Chart Art Fair scandinave qui se tiendra du 28 au 30 août et qui sera 100% féminine cette année, les communautés invisibles sont apparues sur le devant de la scène.

Les foires d’art contemporain et les biennales se sont elles aussi acclimatées à cette nouvelle donne digitale, à l’image de la plupart des galeries sur le continent africain. Comme nous l’explique Touria El Glaoui dans un podcast à venir à propos de la plateforme digitale qui a suppléé à l’édition 2020 de la 1-54 New York : « Il y a une facilité pour les collectionneurs d’acheter en ligne à partir d’un certain seuil ». Que deviendront demain ces grands rendez-vous internationaux : la question reste posée, à commencer par la Biennale de Dakar dont les dates ne sont pas encore arrêtées ! Dans l’attente, revenons sur les rendez-vous manqués du « monde d’avant » : sur la scène ivoirienne et l’ouverture en mars dernier du MuCAT (Musée des cultures contemporaines Adama Toungara) à Abidjan ou sur la rétrospective Bellamine du MVVI reportée à la rentrée, mais qui a eu lieu pour nous dans les pages de Diptyk. Et on garde à l’esprit cette formule de Richter : « L’Art est la forme la plus aboutie de l’espoir ». Portez-vous bien !

Meryem Sebti
Directrice de la publication et de la rédaction

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