[EDITO #50] Solitude interrompue

Meryem Sebti, magazine Diptyk
Meryem Sebti, Directrice de la publication et de la rédaction du magazine Diptyk

Le numéro que vous tenez entre les mains porte des chiffres symboliques : c’est le n°50, qui marque 10 ans d’existence de Diptyk. Qu’avons-nous accompli dans ce clignement d’œil ? Avons-nous accompagné une renaissance ? Révélé des artistes ? Amplifié des événements ? Enlevé des couches d’opacité aux œuvres ? Encouragé des vocations ? Difficile à dire. Une seule certitude : nous avons survécu aux pronostics pessimistes fondés sur l’expérience éphémère des revues culturelles dans notre pays. Durer est un métier. La survie confère autorité.

En ce début d’automne, Diptyk aborde une nouvelle décennie où il ne sera pas rare d’accompagner de notre compétence critique et éditoriale un commissaire dans son processus créatif. Cet été, en fabricant le livre de la Biennale de Rabat, nous avons « interrompu la solitude » d’Abdelkader Damani en nous mettant en conversation avec lui. De cette maïeutique estivale et enivrante, est né un ovni éditorial qui porte la trace de l’événement avant qu’il n’arrive au monde. Ceux dont vous lisez les articles dans nos pages se sont prêtés à l’écriture poétique et le résultat est beau. Comme ce fut le cas l’an passé avec Mohammed Kacimi, nous prendrons la liberté de publier des numéros spéciaux monographiques sur nos grands artistes modernes à chaque fois que les institutions marocaines, étrangères célèbreront ici Belkahia ou Gharbaoui, là Melehi.

Avec confiance et expérience, cet automne nous allons parcourir le continent et rapporter des reportages depuis Ouagadougou, Bamako ou Kinshasa. Parce que chacune de ces villes a créé sa petite recette personnelle à base de talent, d’engagement et de résistance, et que nous voulons la partager avec vous. Au moment où s’ouvrira la grande biennale africaine, nous irons planter une graine dans le sol de Dakar parce qu’il est urgent d’inventer du lien Sud-Sud. À tous ces écosystèmes des villes africaines, nous proposerons d’embarquer sur le navire d’un magazine prêt à relier l’archipel des ambitions atomisées. Soudain, une solitude interrompue. Soudain, une force nouvelle. Et l’on se prend à rêver… Dans combien de temps serons-nous enfin une foule ?

Meryem Sebti
Directrice de la publication et de la rédaction

Retrouvez le numéro 50 de Diptyk en kiosque ou sur notre e-shop, en format papier ou format PDF

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