FETE DES SENS

Baigné de Méditerranée, du haut de son « Acropole » comme il appelle le haut quartier de Tétouan qui l’a vu naître, Saâd Ben Cheffaj est l’artiste du Nord du Maroc par excellence. Origines andalouses par sa mère, bercé de contes anciens, de musique et de chants, il hérite du goût de l’esthétique de son père, architecte. Reconnu dûment par ses pairs et à l’international, l’homme incarne cette effervescence picturale typique de l’école des Beaux-Arts de Tétouan. La monographie qui lui est consacrée par Bouthaïna Azami vient couronner cinquante ans de carrière. Parcours chronologique du peintre, ses années espagnoles, le cénacle artistique, son souci de se démarquer des codes imposés par l’école de Séville, les premières expositions. Puis sa démarche : libérer l’espace, bannir tout exotisme, sortir des couleurs et parfums de ce Maroc folklorisé qui l’horripile, encenser le corps représenté depuis la préhistoire mais qui fait scandale, ce soin permanent de démanteler le langage physique pour encenser son altérité. Et enfin, le retour à la terre natale, la source. Le livre est impressionnant par son format et offre une vision presque exhaustive du travail de l’artiste. On retrouve son investissement politique dans des extraits de Souffles, la revue de Laâbi lorsqu’il dénonce la précarité du peintre au Maroc et son implication pour améliorer les conditions des artistes. Dans la seconde partie de l’ouvrage, la place d’honneur revient à l’œuvre expressionniste et à la période Bleue, voie vers laquelle Ben Cheffaj s’est engagée depuis 2004 avec ferveur. Nombres des reproductions sont accompagnées des poèmes flamboyants de Mohamed El Jerroudi, plume amie et fougueuse. Juste vénération.

Saâd Ben Cheffaj

par Bouthaïna Azami, éditions Galerie d’art Atelier 21, 1000 dh

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