Grenade redécouvre son passé amazigh

Petite par sa taille mais forte par sa symbolique, l’exposition « Bijou Amazigh. Identité des peuples berbères » montre plus de 200 pièces de la collection personnelle du diplomate espagnol Jorge Dezcallar de Mazarredo qui fût ambassadeur au Maroc à la fin des années 1990. Elle témoigne d’une volonté de rappeler les liens historiques entre la péninsule ibérique et les peuples nord-africains. 
Le point de départ de l’exposition est celui de la collection de Dezcallar et de sa fascination pour le monde amazigh : une série de fibules, plutôt rudimentaires, mais ornées de pièces espagnoles. À partir de là, la scénographie se déploie en plusieurs vitrines, ordonnées à la fois par pays (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye) et par type de bijoux : colliers, plastrons, diadèmes et bijoux de têtes, bracelets, bagues, et fibules, pour finir sur des silhouettes de parures complètes. Une lecture anthropologique permet de dépasser l’aspect seulement ornemental et esthétique des bijoux pour renseigner le visiteur sur la richesse et la complexité du monde amazigh, et s’intéresser aux dimensions fonctionnelles et symboliques de la joaillerie du quotidien. 

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En effet, le bijou, selon sa façon d’être porté ou ce qu’il représentait, pouvait indiquer à la fois l’origine tribale d’une femme, mais aussi son statut matrimonial. Une fibule pouvait par ailleurs à la fois permettre de tenir de gros pans de laine, et servir d’amulette de protection en arborant une main de fatma, par exemple. On retrouve également de nombreux symboles renvoyant à la fertilité comme la forme de con, les poissons, le croissant de lune ou l’épi de blé. La composition des bijoux témoigne par ailleurs de la coexistence avec la communauté juive et de la diversité géographique de la culture amazigh qui s’est étendue à partir de l’Antiquité de l’oasis de Siwa en Egypte aux îles Canaries. On retrouvera, par exemple, l’usage du corail aux abords de la méditerranée, et du cuir et des ossements dans le désert. Pour la commissaire de l’exposition, Carmen Pozuelo, rendre hommage à la culture amazigh était aussi une façon de réconcilier Grenade avec son passé et de rappeler, non seulement l’influence de la dynastie Almoravide mais aussi et surtout des Ziris, venus d’Algérie, qui ont converti Grenade en médina au XIe siècle pour y établir leur capitale, dessinant ainsi la structure urbaine de la ville actuelle. De là découle également « la volonté, après un vif débat en interne, d’employer le terme ‘amazigh’ au lieu du plus usité ‘berbère’ en espagnol pour honorer la façon dont ces peuples se définissent eux-mêmes, et de s’extraire du prisme colonial ». Chama Tahiri IvorraÀ voir jusqu’en janvier 2025 au siège de la Fondation El Legado andalusí, Corral del Carbón rue Mariana Pineda, Grenade.

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