Hicham Benohoud, l’artiste et ses doubles, grandeur nature

Célèbre pour ses photographies, Hicham Benohoud les expose à la galerie Khalid Fine Arts en regard de son travail pictural, plus rarement montré. Une résonance réussie qui permet aussi de mesurer la pluridisciplinarité de l’artiste. 
« J’ai le sentiment de ne pas avoir suffisamment exposé au Maroc, ni ma photographie, et encore moins ma peinture à l’huile à laquelle j’ai consacré tellement de temps ». De la peinture à la photographie qu’expose sur deux étages la galerie Khalid Fine Arts, guidée par le commissariat d’exposition de Mohamed Rachdi, un continuum surgit avec évidence, de thématiques, de dispositifs plastiques procédant de l’installation, de la performance, de la photographie utilisée jusque dans la peinture – « Je crée la scène, je pose, aidé d’assistants, je bouge, puis je choisis la photographie que je vais reproduire ». Hicham Benohoud a souvent mis en scène le corps des autres pour travailler ses sculptures sociales et en exploiter l’insolite. Ici, les 27 peintures à l’huile exécutées pendant deux ans en vue de cette exposition explorent l’autoportrait, pour la plupart en grandeur nature : la hauteur de l’artiste, la largeur de ses deux bras étendus pour saisir son châssis et le mouvoir dans plusieurs directions. Les toiles jouent ainsi de nombreux corps-à-corps procédant du dédoublement des cadres, du sujet, satellisé d’accessoires en suspension – carreaux de ciment, briques, parpaings, lés de papier peint, post-it, bonnets, seaux de maçons – échappés du chantier de construction de soi, d’une œuvre, d’une maison, en devenir sans fin. « Je travaille sur l’idée d’un manque d’apesanteur, dans une société marocaine qui, pour moi, manque de repères, où je me sens un peu perdu ». Entre le photographe et le peintre, l’artiste et le citoyen, le sujet et l’objet, le motif et le cadre, se déploient les tensions à la source de mouvements incertains, de déstabilisations et de dissimulations. 

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Vue de l’exposition

Porosité entre peinture et photographieMais qui donc crois-tu tromper ? L’artiste se met en scène dans une multiplicité de doubles imaginaires masqués, cachés, liés, empêchés, déstabilisés, voire même étouffés par un balluchon de vêtements évoquant la figure maternelle, à laquelle vouloir demeurer attaché tout en esquissant des mouvements d’émancipation. Les étoffes sont premières, qui prêtent à tous les camouflages. Au jeu des dissimulations, c’est la plasticité même de l’œuvre qui est engagée par des effets de pliages, de découpages, de surcadrages, de trompe-l’œil, d’illusions d’optique, d’ambiguïtés spatiales, au service de tensions dialectiques entre le montré et le caché, le statique et le mouvement, le stable et l’instable, le construit et le déconstruit, qui rendent compte de l’absurdité d’une société pétrifiée dans ses injonctions de morale sociale dissociées du réel, condamnant à vivre cachés.  Cette déréalisation picturale dialogue intimement, sans l’énoncer, avec celle de son travail photographique exposé à l’étage. « Je ne voulais pas montrer une seule série mais plusieurs, comme un regard sur un parcours. La salle de classe a été beaucoup vue, donc j’ai préféré montrer Version Soft (2003) et Azemmour (2006) qui n’a pas été suffisamment exposée ». Complétée des séries Ânes-situ, The Hole, Acrobatie et La Tronçonneuse, réalisées entre 2013 et 2015, la rétrospective de son travail photographique crée une lecture en diptyque questionnant les porosités de ses dispositifs plastiques.  Peinture (-) Photographie, Khalid Fine Arts Gallery, du 26 avril au 25 mai 2025.

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La tronçonneuse, 2015 – photographie numérique sur papier photographique, 55x78cm
2
Acrobatie, 2015 – photographie numérique sur papier photographique, 78x55cm
336
2024, huile sur toile, 140
x180 cm
7-copie
Ânes-situ, 2013 – photographie numérique sur papier photographique, 87x125cm

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