Khalid El Bastrioui, part à la recherche des civilisations perdues

Entre Tanger et Al Hoceïma d’où il est originaire, l’artiste plasticien Khalid El Bastrioui explore les motifs des anciennes civilisations du Rif marocain, qu’il confronte à une urbanisation aléatoire.

« La région du Rif, à travers l’histoire, a contribué à l’édification de la civilisation marocaine. » C’est fort de cette pensée que Khalid El Bastrioui s’intéresse, dans un projet au long cours, aux vestiges de civilisations aujourd’hui disparues. En 2022, lors du festival de land art Flatta, il réalisait sur les vestiges de la cité médiévale d’Al Mazamma, ancienne capitale de l’émirat de Nakor détruite au XVIIe siècle, une structure de porte en fer et céramique renvoyant aux quatre portes légendaires de la ville, symbole d’une ouverture qu’il a à cœur de rappeler. « Dans l’histoire, le Nord a toujours été ouvert aux autres civilisations et aux autres langues, qu’il s’agisse des Phéniciens, des Romains ou des Arabes », explique l’artiste. Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement à la ville de Badis, édifiée au XIIe siècle et détruite en 1564. Proche d’Al Hoceïma, cette ville était alors une place commerciale aussi importante que Venise. En l’absence d’archives, Khalid El Bastrioui entend « réactiver ce patrimoine matériel et immatériel afin d’inventer un nouveau récit qu’on ne trouve pas dans les livres, notamment scolaires ».

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Khalid El Bastrioui, Thawurt n Sakkur, 2022, fer, céramique. © Khalid El Bastrioui. Photo Ajdir-Hoceima À gauche : Khalid El Bastrioui dans son atelier à Tétouan. Photo © Amina El Bastrioui

Dans la phase de travail actuellement en cours, il confronte à des photographies d’architectures contemporaines – qu’il juge aléatoires et chaotiques, « loin de l’identité historique de la région » – des dessins préparatoires reprenant des motifs de sculptures ou de poteries rifaines exclusivement féminines. Il aime rappeler, à ce propos, que dans le Rif, les faits de résistance furent souvent endossés par des femmes, comme en témoigne une image photographique les montrant armées de fusils, dont il explore le potentiel graphique. « Ce qui m’intéresse, c’est la confrontation de ce que l’on observe avec ce que la fiction reconstitue », commente-t-il.

Tout en s’interrogeant sur la façon de transposer les motifs en trois dimensions dans l’espace, à partir de futures installations dont il commence à esquisser les contours, l’artiste mène une réflexion théorique sur le principe de répétition, fer de lance d’un langage de l’abstraction qui ne dirait pas son nom. « Je travaille surtout sur la répétition, explicite-t-il, pour rendre le motif visible. » Entre un souci de célébrer un passé glorieux et un intérêt à renouveler les formes, le travail de Khalid El Bastrioui est à suivre de près.

Olivier Rachet

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Khalid El Bastrioui, série Atlal, 2024, peinture, encre, papier, dimensions variables.Courtesy de l’artiste. Photo © Amina El Bastrioui

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