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Kofi Bright Awuyah : “Mon travail est là pour engager, pour remettre en question la réalité”

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En parallèle de sa vente “Le modèle féminin, Miroir des identités africaines” le 31 mai prochain, Artcurial consacre à la scène ghanéenne une exposition à prix fixe dans son nouvel espace Galerie. Objectif affiché : faire découvrir une scène réputée pour son dynamisme mais encore mal connue du milieu francophone. Kofi Bright Awuyah est l’un des peintres sur lequel la maison de vente parisienne jette un coup de projecteur. À travers ses toiles texturées, Awuyah traite sans ambages du sujet des violences policières. Rencontre.

L’abstraction et le figuratif font un mélange singulier dans votre œuvre. D’où cela vient-il ? 

J’ai expérimenté beaucoup de choses différentes à travers les années, et après une longue pratique de paysages et de portraits, j’ai décidé que je voulais maîtriser et me faire connaître pour la technique particulière, entre mosaïque et empâtement, que je déploie sur la toile depuis 8 ans.  J’aime la mosaïque, elle m’inspire. Elle provient, en fait, de la Mésopotamie et de l’Égypte. C’est donc un art qui a toujours existé en Afrique. L’Égypte est connectée au monde arabe, elle a voyagé du continent africain vers le monde arabe à travers le commerce. Vous savez, nous, les Africains, nous ne sommes jamais assez fiers de ce que nous avons, mais le monde devrait savoir, par exemple, que la mosaïque et la céramique font partie intégrante de la culture africaine.

Souvent les artistes utilisent des motifs floraux en arrière-plan. La référence que vous faites à la mosaïque indique-t-elle que les scènes se déroulent dans la rue ? 

En effet, les scènes que je peins ont lieu dans les rues. La ville en est le contexte. À Accra, comme dans d’autres villes africaines, les murs des bâtiments modestes sont recouverts de carrelage, pour protéger les façades. Parfois les carreaux sont bleus ou beiges, brillants ou non, comme les couleurs que j’utilise dans mes œuvres.

Le sujet de votre série porte-t-il sur la brutalité policière ? 

La série fait référence aux évènements qui ont lieu à travers le monde. La violence est un phénomène global. Il y a quelques mois, on a manifesté au Ghana, dans le contexte de la campagne « réparer le pays ». Les gens traversaient une période difficile et la corruption repartait à la hausse. Au Nigéria, il y a des conflits en permanence et  aux Etats-Unis la brutalité policière a engendré le mouvement Black Lives Matter. Sans oublier la Syrie où la guerre a sacrifié tant de vies. Puis aujourd’hui, l’Ukraine et  la Russie… Les peuples ont le droit de vivre de façon civilisée et le devoir de se mobiliser pour la paix.

Il y a une forme de dénonciation…

S’il n’y a pas de thérapie, il n’y a pas de guérison !  Mon travail est là pour engager, pour remettre en question la réalité de ce qui se passe et penser juste. C’est comme mettre les gens en face de ce qu’ils sont et leur poser la question : « est-ce bien qui vous voulez être ? »

 

Propos recueillis par Christophe Person, directeur des ventes africaines chez Artcurial

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