Fragile mais tenace, la Biennale de Lubumbashi revient en octobre pour une 9e édition consacrée à « Manger la terre ».
Par Emmanuelle Outtier
La 9e édition de la Biennale de Lubumbashi, qui se tiendra du 15 octobre au 15 novembre prochains en République démocratique du Congo, a annoncé son thème : « Manger la terre ». « Comment se nourrir d’une terre qui a déjà été mangée ? », s’interroge la commissaire indépendante Sorana Munsya. Dans une région minière comme Lubumbashi, où l’extraction est un enjeu économique, géopolitique et lié à l’histoire coloniale, la question est d’autant plus palpable. Mais, prévient-elle, « la question centrale de cette biennale n’est donc peut-être pas celle de ce qui a été extrait mais de ce qui demeure imprenable (…) Car même lorsque la terre a été mangée, quelque chose continue de circuler, de résister, de nourrir. »
Portée par le centre d’art indépendant Picha, cofondé en 2008 par l’artiste Sammy Baloji, la biennale aura finalement lieu après un appel aux dons lancé en mai pour sauver Picha et assurer la tenue de cette nouvelle édition. Quelque 8 000 euros avaient alors été récoltés.
Un biennale OVNI
La Biennale de Lubumbashi est l’une des rares biennales africaines portées par des artistes (contrairement à Dakar ou Bamako, portées par l’État) qui ait su impulser une dimension internationale et la maintenir, bon an mal an. Une biennale « grassroots », comme le notait en 2019 notre confrère Siddhartha Mitter dans le New York Times.
En dix-huit ans, elle a contribué à faire émerger quelques artistes congolais aujourd’hui intégrés aux grands circuits internationaux, comme les photographes Georges Senga ou Léonard Pongo, récemment vu dans l’exposition internationale « In Minors Keys » de la Biennale de Venise.
Elle a aussi su attirer des artistes de renom : Kader Attia, Zineb Sedira, Kiluanji Kia Henda ou Mouna Karray sous l’impulsion du commissaire Simon Njami en 2010 ; plus tard Ibrahim Mahama, Emeka Ogboh ou encore Francis Alÿs.
Elvira Dyangani Ose en a, quant à elle, assuré la direction artistique en 2013. Treize ans plus tard, elle vient d’être nommée directrice artistique du Zeitz MOCAA au Cap, succédant à Koyo Kouoh.
Peu à peu, cette biennale toujours contrainte par les moyens a ainsi réussi à se faire une place sur la scène internationale, notamment grâce à un réseau d’artistes et de commissaires internationaux souvent engagés.