La peinture n’est pas morte !

Face à l’afflux d’images virtuelles qui nous assaille ad nauseam, l’auteur et critique d’art Olivier Rachet, grand habitué de nos colonnes, nous invite à la contemplation le temps d’une exposition bâtie sur l’aphorisme du peintre Eugène Leroy : « Toucher la peinture comme la peinture vous touche. » À rebours de Léonard de Vinci, pour qui la peinture est cosa mentale, elle est ici célébrée dans toute sa matérialité, toute sa chair, serait-on tenté de dire. « La peinture est tout sauf une image, écrit Olivier Rachet dans sa note d’intention. Elle est […] davantage du côté du désir – ou de l’angoisse qui n’en est que le corollaire –, elle relève d’une expérience physique, concrète, d’un corps-à-corps amoureux avec la matière. » Une étreinte sensuelle que l’on retrouve dans les représentations de couples amoureux de Christophe Miralles, où les couleurs se fondent autant que les corps. Ou dans le geste fougueux d’Iván Montero quand il réalise ses paysages abstraits. L’amour de la matière, c’est aussi celui de Salah Taïbi, qui se joue du réalisme photographique en faisant le choix de la peinture pour dresser des portraits qui font surgir l’âme. La peinture sonde nos mondes intérieurs, mais révèle aussi nos fragilités face aux fractures du monde, comme dans les abstractions d’Abdellah Haitout, le polyptyque enflammé de Sanae Arraqas ou les toiles minimalistes de Fouad Bellamine – avec la complicité duquel Olivier Rachet a bâti son propos curatorial –, hantées par la disparition. Autant d’œuvres inédites produites spécialement pour cette exposition qui promet un beau moment de peinture.

— « Toucher la peinture », Kent gallery, Tanger, du 6 juillet au 15 septembre.

Laetitia Dechanet

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Fouad Bellamine, Sans Titre, 2024, technique mixte sur toile, 110 x 125 cm. Courtesy de l’artiste et de Gallery Kent

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