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L’art, à quoi ça sert?

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Portrait, couleurs, textures, sensualité ou art de dire sans les mots… L’art fournit aux écrivains matière à rêverie, à réflexion, à inspiration. Cinq œuvres littéraires à la loupe.

À dire son amour 

« Je n’ai pas su dire combien tu étais belle, d’une forme de beauté si particulière que je n’avais pour la dire aucun mot disponible. » Alexis Jenni amoureux, cela changera les lecteurs du passionnant L’art français de la guerre pour lequel il avait reçu le prix Goncourt en 2011. Avec la même finesse et la même puissance, il s’adresse à une femme aimée, dont on ne saura rien, en prenant appui sur quelques tableaux pour lui dire la force de son désir. Car si l’amour est muet, c’est la peinture qui sait le dire en faisant chanter la sensualité, la texture et la nudité des chairs. Une chute de reins avec Bonnard, l’instant émerveillé capté par Fragonard, la spiritualité de Georges de La Tour, la « beauté du réel » captée par Rembrandt, croquant avec gourmandise la beauté à travers ses imperfections… le « mol abandon » auquel invite la Femme à l’oreiller de Picasso… Esthète avec Titien, Rodin, Bacon, le livre est un « tableau que je peins ligne à ligne »

Dans l’attente de toi, Alexis Jenni, L’Iconoclaste, 272 p., 260 DH

À sauver la vie

« J’imagine bien aujourd’hui cesser d’écrire pour laisser entière la vitalité picturale, comme on s’abandonne à l’hémorragie. Mais l’essentiel est en avant, dans le tremblement miraculeux des lendemains, cette vacante utopie qui exige un effort constantde remembrance », écrit Hubert Haddad dans ce livre bouleversant,où il confie l’expérience du deuil etde la mort désirée. Autobiographie,Les coïncidences exagérées sont le tombeau du frère artiste peintre, qui accompagnait ses œuvres de sentences (« Il faut toujours laisser une place pour les nuages. »), de la femme aimée, des rêves froissés de la mère. C’est la confidence de « l’ourson mal léché» qui apprit à lire dans les vitrines des librairies et eut l’art pour refuge, quand « l’ironie des miroirs » était si insupportable que l’envol par la fenêtre devenait souhaitable. Un livre traversé de livres et de traits pour dire la fuite loin des réalités pesantes, pour capter les indices de cette seconde vie dans l’art et l’amitié des intuitions justes dispensées au bon moment. 

Les coïncidences exagérées, Hubert Haddad, Mercure de France, 192 p., 250 DH 

À décrypter le réel 

« Il n’y a pas de plus grande œuvre d’art qu’un grand portrait », écrivait Henry James. L’écrivain anglo-américain (1843-1915), considéré comme une figure majeure du réalisme, s’interrogeait sur les mécanismes de la perception et de la conscience, au point que ses derniers récits ont été comparés aux peintres impressionnistes. Le romancier et essayiste Jean Pavans, son traducteur en français, propose un essai érudit sur son rapport à la peinture de son époque. Pour James, « la peinture exerce une attaque directe, pénétrante, virile, de la réalité ; et c’est donc plus directement qu’elle a le pouvoir de la révéler : plus directement que la littérature, qui est une approche indirecte, enveloppante, féminine. » Jean Pavans revisite les écrits théoriques de James, ses chroniques, ses lectures de Delacroix, Daumier, John Singer Sargent, et en retient cette conclusion : « L’art est un embaumeur, un magicien, à qui nous ne rendons jamais assez justice. » 

Le musée intérieur de Henry James, Jean Pavans, Seuil, 204 p., 350 DH 

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