Le Grand Théâtre Mohammed VI ouvre à Rabat

Conçu par l’architecte irako-britannique Zaha Hadid, le Grand Théâtre de Rabat a été inauguré le 22 avril. Figure majeure de l’architecture contemporaine, Zaha Hadid (1950-2016) s’est imposée par un langage formel fondé sur la fluidité des lignes, des volumes fragmentés et une esthétique futuriste, souvent associées au déconstructivisme ou au néo-futurisme.

Le Grand Théâtre de Rabat a ouvert ses portes le 22 avril 2026. Sur les rives du Bouregreg, entre Rabat et Salé, la silhouette blanche s’impose. Ni monument classique, ni simple équipement culturel, mais une forme en tension, comme saisie dans un mouvement continu.

Dès l’approche, le bâtiment ne se laisse pas saisir d’un seul regard. Il se contourne, se déplie, se révèle par fragments. À l’intérieur, une salle de 1 800 places, un amphithéâtre extérieur monumental, des espaces de répétition, mais surtout une écriture. Celle d’une architecture sans angle droit, qui préfère la ligne courbe, la dérive, l’écoulement. Ici, l’ornement est structure. Les références aux muqarnas ne relèvent pas de la citation décorative mais d’une traduction spatiale, presque abstraite.
Ce geste porte la signature de Zaha Hadid.

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Le Grand Théâtre de Rabat se déploie sur les rives du Bouregreg.

Figure incontournable de l’architecture contemporaine

Née à Bagdad en 1950, formée entre Beyrouth et Londres, Hadid appartient à cette génération qui a fait basculer l’architecture dans une autre ère, celle du calcul, du dessin numérique, mais aussi d’une forme de libération plastique. Longtemps, ses projets sont restés à l’état de dessins, trop radicaux pour être construits. Puis les commandes sont venues, et avec elles une reconnaissance mondiale, consacrée par le prix Pritzker en 2004.

Son œuvre s’est développée à grande échelle, de Rome à Bakou, de Londres à Guangzhou, toujours habitée par cette même obsession : faire du bâtiment un champ de forces plutôt qu’un objet stable. Chez elle, l’architecture glisse, se tord, s’étire. Une esthétique du mouvement, mais aussi une manière de rompre avec une modernité trop rigide, trop occidentale dans ses canons.

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Vue intérieure du Grand Théâtre. © AFP

Le théâtre de Rabat s’inscrit dans cette trajectoire, tout en la déplaçant. Parce qu’il est situé ici, dans une capitale qui réécrit et réinvente son identité culturelle. Parce qu’il dialogue avec le paysage chargé du Bouregreg. Parce qu’il est aussi l’un des rares grands projets de Hadid dans le monde arabe, et sans doute l’un des plus ambigus.

Car au-delà de la virtuosité formelle, une question demeure. Que fait un tel bâtiment une fois inauguré ? Comment passe-t-il du statut d’icône à celui de lieu vécu ? Le Grand Théâtre de Rabat ne pourra exister que par ce qui s’y jouera réellement, par les publics qu’il attirera, par les usages qu’il saura inventer.

Disparue en 2016, Zaha Hadid n’a pas vu l’aboutissement du projet. Mais son empreinte est bien là, intacte.
Et cette architecture impose une présence et pose toujours la même question : comment habiter le mouvement.

Meryem Sebti

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