Le Mexique s’invite au Musée Yves Saint Laurent de Marrakech

L’exposition « Oiseaux du Mexique » offre une plongée dans l’univers des arts décoratifs mexicains à travers le motif symbolique de l’oiseau que de nombreux artistes modernes se réapproprient avec brio.
À première vue, les similarités sont nombreuses entre les arts décoratifs mexicains tels qu’ils sont présentés par le musée Yves Saint Laurent de Marrakech dans l’exposition « Oiseaux du Mexique » et l’artisanat marocain. Vannerie, joaillerie, céramique : un même savoir-faire est perceptible dès le premier regard. Après avoir visité le musée d’art populaire de Mexico, Madison Cox, Président de la Fondation Majorelle, se convainc qu’au moment de la conquête des Amériques par les Espagnols, nombreux sont les artisans arabo-andalous, enrôlés dans la traversée, à avoir transmis leurs techniques ancestrales à des cultures locales d’une grande richesse. De cette intuition naît le projet d’exposition confié au commissaire Juan Gerardo Ugalde Salinas, chargé de la restauration et de la conservation des collections du musée Pierre Bergé des arts berbères et du musée Yves Saint Laurent.

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Eduardo Sánchez,
Petit centre de table mazahua, 2021 © Octavio Murillo.

Un symbole national« Oiseaux du Mexique » fait ainsi la part belle à un motif devenu emblème national – un aigle royal apparaissant sur le drapeau mexicain –, dont la présence est attestée dans la culture aztèque précoloniale. En témoignent plusieurs objets de l’exposition dont une sculpture en argile représentant un visage humain coiffé d’un casque en forme d’aigle (aux alentours de 900 de notre ère) ou un masque de carnaval en bois sculpté qui semble dévisager le spectateur. L’oiseau, dont une cartographie de l’artiste contemporaine Daniela Zorrilla montre la diversité sur le territoire national, entre dans la composition de céramiques, de broderies ou d’objets décoratifs dont la fonction rituelle et religieuse est rappelée. « Les plumes étaient aussi un moyen de paiement comme la vanille ou le cacao, souligne le commissaire d’exposition. Pour les populations précolombiennes, cela avait une forte valeur symbolique. » Sans revêtir de dimension ethnographique, « l’intention de départ était de proposer un narratif transhistorique, montrant l’importance des oiseaux aussi bien dans la culture que dans la nature », ajoute Juan Gerardo Ugalde Salinas.

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Fulvio Eccardi (1948-), Pharomachrus mocinno, s. d.
Photographie, Quetzal mâle exhibant son plumage iridescent; les plumes couvrant la queue peuvent mesurer jusqu’à un mètre de long. © Fulvio Eccardi

Réappropriations modernistesMais le clou de l’exposition réside sans doute dans la présence d’œuvres modernes ou contemporaines se réappropriant de façon subjective un motif multiséculaire. Dans le fac-similé du journal intime de Frida Kahlo, l’oiseau devient le symbole de compensation d’un corps meurtri tandis qu’une photographie de l’artiste Flor Garduño, intitulée Paonne, revêt une dimension étrangement totémique, n’ayant rien à envier aux rêveries cosmogoniques du peintre marrakchi Abbès Saladi auquel l’univers foisonnant d’oiseaux en liberté fait souvent penser. En témoigne d’ailleurs un graphite sur papier de 1957, La création des oiseaux, de l’artiste surréaliste espagnole Remedios Varo exilée au Mexique après la Seconde Guerre mondiale, dont l’onirisme allégorique semble de portée universelle.Olivier RachetExposition « Oiseaux du Mexique », Musée Yves Saint Laurent de Marrakech jusqu’au 27 juillet 2025.

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© Jardin Majorelle, photo: Adnane Zemmama, 2025
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© Jardin Majorelle, photo: Adnane Zemmama, 2025
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Gabriel Olay Olay (s. d.).
Tlalpujahua, Michoacán Chimalli décoré d’une tête d’aigle, 1984.
Mosaique de plumes de mue d’Ara militaris, Icterus gularis, Agapornis roseicollis, gapornis personata, Agapornis nigritenis et Columba livia sur carton et papier amate. © María Olvido Moreno Guzmàn / Fiors.

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