[EDITO #51] Le pôle magnétique de l’art n’est plus au nord

Meryem Sebti, magazine Diptyk
Meryem Sebti, Directrice de la publication et de la rédaction du magazine Diptyk

Cap sur Lubumbashi et Bamako, en passant par Ouagadougou, sans oublier Buenos Aires… Cet automne, les meilleurs auteurs de Diptyk ont rapporté des histoires d’art contemporain très inspirées de ces villes qui ont accueilli des biennales, nouvelles ou anciennes. Toutes travaillent à reconnecter les artistes des diasporas, qui illustrent un modèle de réussite internationale, avec les scènes locales.

Au moment où une banane scotchée sur le mur d’un stand à Art Basel Miami faisait le tour de la planète sur les réseaux sociaux avant même de mûrir, c’est à un autre flot d’images et dans les « courants de conscience » (titre de l’édition 2019) que nous plongeait les 12e Rencontres photo de Bamako, confiées cette année au curateur camerounais Bonaventure Ndikung. Notre reporter Marie Moignard a fait le tour de la capitale malienne à la recherche des pépites inconnues ou des ténors d’un rendez-vous de la photographie africaine et de sa diaspora, devenu incontournable.

À Lubumbashi, malgré l’habituel scénario d’impossibilité dont souffrent tous les événements des suds, c’est à un petit miracle qu’on a assisté, un mélange de nécessité et de sens du collectif qui fait voyager la presse internationale et le microcosme de l’art, déplaçant la focale plein sud. « Notre manque de visibilité dans notre pays est problématique, explique le peintre kinois Pathy Tshindele. C’est comme si on n’existait qu’à travers le regard extérieur, sans la moindre trace ici. »

C’est à Buenos Aires, dans l’insouciance de l’été, que deux artistes marocains, Hassan Bourkia et Mohamed Arejdal (à qui nous consacrons un tiré à part distribué avec ce numéro à l’occasion de son solo show au Comptoir des Mines à Marrakech) ont fait sensation à la 3e édition de Bienalsur qui s’achève au moment où paraît ce numéro. Avec La Valise de 1948 d’Arejdal et l’installation Exodus Library, aux côtés d’artistes comme Pistoletto ou Boltanski, ce sont deux artistes Marocains qui imposent une vision « fulgurante »  de notre époque de migration. « Aujourd’hui, le monde se décrypte dans le regard des artistes du sud », analyse Alexandre Colliex dans son reportage argentin.

Que penser enfin d’une rétrospective du grand artiste ghanéen El Anatsui au Mathaf de Doha ? « Je ne partage pas l’idée d’une culture universelle », confie-t-il à Simon Njami. Quand l’artiste a commencé à séduire le monde entier avec ses compositions à base de capsules de sodas, tout le monde a pensé qu’il parlait de recyclage. Le propos est davantage de parler de commerce inéquitable, de surconsommation et de la situation de dépendance de l’Afrique vis à vis des puissance mercantiles. Une philosophie qui met du baume au cœur de la conscience occidentale, certes, mais qu’il est bon de soumettre aux esprits éveillés aussi de ce côté de la planète.

 

Meryem Sebti
Directrice de la publication et de la rédaction

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