Les héros désenchantés d’Imane Djamil

Dans sa nouvelle série, la photographe médite sur la distance qui sépare la ville de Tarfaya des îles Canaries leur faisant face.

Faisant suite à sa série 80 miles to Atlantis qui redonnait vie, dans des couleurs pastel mélancoliques et des mises en scène jubilatoires, à la mythique ville de Tarfaya, Imane Djamil présente à la Neue Galerie d’Innsbruck (Autriche) une deuxième série placée sous le signe de la rêverie et de la colère, Slow Date in the Fortunate Isle. « Cette série se déroule dans un petit royaume personnel, divisé entre un Est historiquement déchu et un Ouest chimérique et illusoire », explique la photographe. Soixante miles séparent la ville de Tarfaya, dans laquelle Saint-Exupéry conçut Le Petit Prince, des îles Canaries. L’artiste rapproche cet archipel de l’île des Bienheureux dans laquelle séjournaient, selon Hésiode, les âmes défuntes des héros antiques. « Mais les héros d’aujourd’hui ont besoin d’un peu plus de superpouvoirs et de courage pour être admis, constate avec amertume l’artiste. Ils ont besoin d’un visa Schengen. » Ses portraits de groupes ou ses scènes désertées dans lesquelles plane une rêverie douce-amère contrastent avec les images ostentatoires d’une ville espagnole apparemment indifférente au sort des nombreux migrants qui tentent la traversée. Imane Djamil continue son périple photographique et affuble ses héros tarfaouis de surnoms glorieux : Athéna, Ulysse, Zeus ou Apollon nous regardent avec des rêves plein les yeux. Une exposition que l’on aimerait découvrir au Maroc prochainement !

— Imane Djamil, « Slow Days in the Fortunate Isle », Neue Galerie, Innsbruck, Autriche, jusqu’au 13 avril 2024.

Olivier Rachet

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Imane Djamil, Sans titre, 2023, tirage numérique sur papier fine art mat, 50 x 75cm. Courtesy de l’artiste et Neue Galerie

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Imane Djamil, Slow Days in the Fortunate Isle, exhibition view, Neue Galerie 2024. Photo : West Photostudio

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