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NFT, une révolution pour le marché de l’art ?

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La vente de la première œuvre digitale, payable par cryptomonnaie, a eu l’effet d’un séisme dans le monde de l’art. En mars, le NFT de Beeple, artiste inconnu du grand public, s’envolait chez Christie’s à 69,3 millions $. Après Jeff Koons et David Hockney, Beeple est le troisième artiste à atteindre une telle performance de son vivant.

La première vente d’œuvres NFT chez Christie’s à la mi-mars marque d’une pierre blanche le début de l’emballement du marché virtuel. Depuis, le monde de l’art est en ébullition et les NFT déferlent dans le paysage digital et physique. De nombreux acteurs du marché de l’art veulent prendre le train en route : la Chine organise sa première grande exposition dédiées aux œuvres virtuelles (UCCA Pékin), des artistes contemporains de premier plan, comme Damien Hirst, commencent à mettre en vente des œuvres NFT, Superchief a ouvert une galerie physique dédiée au crypto-art à New York, Almine Rech commence à vendre des œuvres numériques via la plateforme Nifty Gateway, des sociétés d’enchères bien moins solides que Christie’s préparent leur entrée sur le marché…

Fin mars, le marché de l’art crypto était évalué à 100 millions de dollars par CryptoArt.io, qui suit les plus grandes plates-formes dédiées à la vente d’art. Personne ne veut passer à côté de ce développement majeur et résolument tourné vers l’avenir. Tous veulent profiter de l’afflux d’argent de cette nouvelle niche et conquérir les collectionneurs de demain.

Beeple, Everydays : The First 5000 Days, non-fungible token ( jpg), 21 069 x 21 069 pixels.

Le crypto-art boosté par la pandémie

En accélérant l’hyperdigitalisation, la pandémie de COVID-19 a considérablement profité au monde de l’art numérique. Depuis le début de la crise, les collectionneurs comme les artistes se sont de plus en plus impliqués dans des transactions en ligne et les adeptes des NFT ont commencé à utiliser les places de marché dédiées aux œuvres virtuelles, parmi lesquelles Nifty Gateway et Foundation, qui ont émergé en 2020.

L’audience s’est rapidement déployée, séduisant de jeunes acheteurs liés au monde digital qui ont une autre façon de voir les choses, mais aussi des acheteurs du Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), des ingénieurs, des informaticiens…La flambée des prix du crypto-art doit aussi être reliée au cours des cryptomonnaies, dont les fortes hausses des derniers mois ont augmenté les liquidités disponibles. Cet afflux d’argent dans l’espace cryptographique a incité les « cryptoriches » à se diversifier et à investir dans les œuvres NFT. Il existe deux profils d’acheteurs de NFT : les spéculateurs à court terme visant des prises de valeur rapide, et les investisseurs à long terme tels que Metakovan, pseudonyme de Vignesh Sundaresan, l’acheteur du NFT de Beeple chez Christie’s. Pour ce millionnaire indien enrichi grâce aux cryptomonnaies, le but ultime est de constituer la plus vaste collection d’art NFT au monde.

L’artiste urbain Pascal Boyart a « tokénisé » plusieurs de ses fresques, comme ce Desperate man (2019) réalisé sur un mur du XVIIIe arrondissement de Paris.

Certaines œuvres NFT se sont échangées pour des sommes importantes dès la première année de pandémie. En décembre, la valeur des NFT de l’artiste Robbie Barrat offerts aux participants du forum Art+Tech de Christie’s avoisine les 100 000 $ chacun. En février, le gif Nyan Cat de Chris Torres atteint 611 000 $ (100 fois sa mise à prix) sur la plateforme Foundation, tandis qu’une collection de meubles virtuels d’Andrés Reisinge décolle pour 450 000 $. En mars, les œuvres NFT de la chanteuse Grimes atteignent 5,8 millions $ en 20 minutes sur Nifty Gateway, le premier tweet de Jack Dorsey est cédé pour 2,9 millions $ et Christie’s bouleverse le monde de l’art avec la vente du fichier jpeg de Beeple.

En faisant grimper à plus de 69 millions $ The First 5000 Days, Metakovan a envoyé un signal clair au monde de l’art « traditionnel » : l’art digital est à considérer dès aujourd’hui comme un courant créateur de grandes valeurs, un courant sorti de la marge pour devenir dominant. Le millionnaire indien projette d’ailleurs de lancer trois musées virtuels pour exposer les acquisitions de son fonds d’investissement NFT Metapurse, dont une vingtaine d’œuvres de Beeple.

Les NFT (non fungible tokens, littéralement jetons non fongibles) ont permis de légitimer les œuvres digitales auprès de millions de gens en les rattachant à un propriétaire. Avec leurs codes d’identification uniques, ces éléments cryptographiques sont en effet des preuves numériques de provenance et de propriété, stockées et certifiées par la blockchain. Ils ne peuvent pas être détruits, supprimés ou dupliqués. Concrètement, lorsqu’un collectionneur achète une œuvre NFT, il achète le jeton unique représentant l’œuvre numérique (une image, un gif, un fichier vidéo…), soit un titre de propriété unique, réputé inviolable. Précisons que l’acte de propriété ne restreint ni la reproduction ni la diffusion de l’œuvre, qui peut être partagée à l’infini sur les réseaux, mais c’est déjà le cas pour la Joconde…

Le gif Nyan Cat de Chris Torres a atteint 611 000 $ (100 fois sa mise à prix) sur la plateforme Foundation en février 2021.

Une nouvelle manne pour les artistes

Le collectionneur peut échanger ses NFT avec d’autres collectionneurs ou les revendre, toute transaction étant automatiquement enregistrée sur la blockchain pour une parfaite traçabilité. Il peut donc produire de la valeur sans passer par un tiers (marchand, maison de ventes) et gérer lui-même le marché primaire et secondaire de sa collection virtuelle. Par ailleurs, la possibilité d’échanger son droit de propriété peut donner accès à bien des choses. Imaginons qu’il permette d’obtenir des entrées VIP pour un grand événement culturel, de concrétiser une rencontre rêvée avec un artiste, d’être le premier à accéder à ses dernières œuvres… Une collection NFT ouvre ainsi des perspectives que n’offre pas le marché traditionnel, des possibilités immenses dans la diversité des transactions. Pour les adeptes du crypto-art, la fête ne fait que commencer ! Le premier bénéfice du marché NFT est de permettre aux artistes numériques d’être enfin rémunérés pour leurs œuvres, puisqu’ils peuvent désormais vendre leurs créations en tant qu’objets uniques tout en poursuivant la diffusion de leur travail à travers les réseaux.

Par ailleurs, la technologie blockchain peut permettre de générer une commission aux artistes en cas de revente. Ce nouveau format pourrait être aussi bénéfique pour les artistes urbains n’ayant pas de production commerciale. Ceux-ci pourraient suivre l’exemple de l’artiste mural Boyart (alias PBoy), le premier à avoir « tokénisé » ses fresques, les divisant en plusieurs images transformées en NFT. D’autres applications pourraient ouvrir la voie à une économie plus vertueuse pour les artistes. On peut imaginer que les artistes soient directement rémunérés à chaque vente de « ticket » d’entrée d’une exposition virtuelle, ou qu’ils touchent des droits grâce à des abonnements donnant accès à des œuvres numériques, comme c’est le cas pour les plateformes d’écoute de musique. Ce grand bouleversement des NFT peut renouveler en profondeur la façon de « consommer » l’art.

Plusieurs projets de musées consacrés aux NFT émergent depuis 2020.

À l’heure actuelle, le premier critère de valeur de l’art NFT est la rareté, bien plus que les qualités artistiques qui paraissent superficielles aux aficionados de l’art « traditionnel ». Les grands collectionneurs perdent leurs repères face à des images très éloignées de leurs codes et de leurs goûts. Mais de nouvelles communautés du monde crypto vont émerger, notamment avec l’arrivée dans le fabuleux monde des NFT d’artistes de premier plan comme Hirst, Kaws ou Shepard Fairey. Si tout l’enjeu pour eux est de toucher une nouvelle communauté d’acheteurs axés sur l’art digital, leur plongée numérique pourrait inciter les collectionneurs du monde d’avant à diversifier leurs achats dans des sphères plus virtuelles.

Céline Moine, Artmarket.com

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