Taper pour chercher

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« Le Maroc a plus que jamais besoin de l’art pour mieux comprendre sa réalité, l’hybridité de sa société, ses quêtes de libertés individuelles. » C’est ce que nous dit l’écrivain Abdelkader Benali, rencontré à quelques semaines de l’ouverture de son exposition « The Other Story » au Cobra Museum à Amsterdam. Dans ce numéro de printemps, il est beaucoup question de l’exploration de cette hybridité, qui fait suite à la recherche d’identité.

Il y a 13 ans, lorsque démarrait l’aventure de ce magazine, les images que nous avions à traiter étaient celles de la quête d’un ailleurs qui se situait plein nord avec une mer à traverser. Le corpus d’images qui me revient à l’esprit est celui d’Yto Barrada, qui montrait le Tanger de l’attente et du dernier espoir, ces jeunes hommes vus de dos qui attendaient de traverser le Détroit. On se repasse aussi celles de notre regrettée Leila Alaoui, qui avait documenté une traversée de harragas avec la série No pasarán. Les expos des années 2010 portaient des titres comme « Traversées » – l’on repense en particulier à celle proposée par Brahim Alaoui à Rabat, à Bab Rouah en 2009, après Paris et Le Caire. C’était cela la matière de nos pages.

En 2022, changement total de paradigme. Les artistes veulent davantage faire l’expérience de traversées, de performances vécues qui enrichissent leur identité africaine, dans le sens de l’hybridité. Dans un épisode passionnant du podcast de Diptyk, M’barek Bouhchichi me dit vouloir passer plus de temps dans la région où il a grandi, l’oasis d’Akka, et parcourir un territoire plein sud pour tester, dit-il dans une formule magnifique, « la souplesse de son identité ». Il veut savoir jusqu’où il peut parler sa langue, le hassani, et se sentir chez lui. Il raconte qu’arrivé dans un village du Mali, il partage avec des locaux un plat de sa région, qui n’existe nulle part ailleurs au Maroc. Ces expériences artistiques menées dans le désert, nous avons voulu les documenter, les comprendre et les restituer dans un très beau dossier de notre rédaction. Au moment où s’achève la Caravane Tighmert, une résidence où les artistes sont invités à faire l’expérience du désert, nos deux journalistes ont interrogé les pratiques d’une dizaine d’artistes marocains : Imane Djamil, Mohamed Arejdal, Abdessamad El Montassir, Amine El Gotaibi, Seif Kousmate, M’hammed Kilito, Muhcine Ennou, Mous Lamrabat… Comme l’avaient fait en leur temps Melehi, Belkahia ou Kacimi pour inventer une modernité marocaine, une jeune génération d’artistes chercheurs retourne puiser du sens à la source.

Meryem Sebti
Directrice de la publication et de la rédaction

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