PECHE CAPITAL

Né à Rabat d’une famille où les carrières militaires le disputaient à la diplomatie, diplômé en 1971 de l’Institut d’Etudes Politiques, secrètement attiré par le dessin, dont il suit les cours du soir en dilettante dispensés par la ville de Paris, Eric Desmazières fait partie de ces êtres touchés par la grâce. Peu connu du grand public, il bénéficie pourtant d’une véritable renommée internationale parmi les rares vrais amoureux de la gravure. Une œuvre très cotée, même si encore marginale, et que savent admirer les grandes galeries publiques et privées qui, depuis 1975, l’exposent.

Ce livre qui se feuillette comme se visiterait un cabinet de curiosités empli de grimoires, de formules alchimiques, de crânes est peut-être le titre qui réhabilitera l’artiste auprès du néophyte. Dans la lignée de Dürer, son art donne à montrer ce qui ne saurait être peint : la foudre, les reflets d’un nuage sur un mur, l’éclair. Une cosmogonie à l’image d’un univers de magicien des temps modernes. Cet ouvrage reproduit avec une vraie sensibilité et un souci du détail fétichiste une série d’eaux-fortes et d’aquarelles du maître. Inspiré par les rêveries mélancoliques de Sir Thomas Browne, physicien et antiquaire du XVIIème siècle, et des collectionneurs à travers l’histoire, Eric Desmazières illustre une méditation centrée sur l’étrange et l’absurdité de la vie sur terre. Les textes de Patrick Mauriès classés en un chapitrage qui donne la part belle à l’humain et à son sens de la technique, démontrent une parfaite érudition et dissèquent au plus près l’éprouvante et superbe lenteur du travail du graveur. Les Editions du Regard connus pour leurs publications de qualité marquent un vrai coup d’éclat avec cet ouvrage qui réconciliera les sceptiques du merveilleux, du morbide et de l’hétéroclite avec la scholastique médiévale ésotérique.

Le miroir des vanités

Eric Desmazières

Textes de Patrick Mauriès, Editions du Regard, 112 pages, 39,90 euros

À la une

Vue de la Somerset House lors de la 14e edition de 1-54 Londres

1-54 Londres : l’effet tremplin

Treize ans après sa création, la foire 1-54 a-t-elle réussi son pari ? Pensée comme une plateforme de visibilité internationale pour les galeries et artistes...

Vue du stand de La Loft Art Gallery, Frieze Masters 2026. © David Owens

Londres, hub des modernismes arabes et africains

À Londres, Frieze Masters et 1-54 accordent une place croissante aux modernismes arabes et africains longtemps marginalisés par l’histoire de l’art occidentale. Au-delà de leur...

Vue de l'installation Hold de Tarek Atoui à la Tate Modern. © Tate Photography / Yiil Liu.

Des sons pour les yeux las : Tarek Atoui à la Tate Modern

Dans le Turbine Hall de la Tate Modern, l’artiste libanais Tarek Atoui déploie Hold, une installation sonore immersive dont notre auteure Vamika Sinha livre une...

Toni Maraini enseigne l’histoire de l’art à l’École des beaux-arts de Casablanca, 1965. Photo : Mohamed Melehi, courtesy des archives Toni Maraini.

Toni Maraini, aux avant-postes de la modernité marocaine

L’historienne et critique d’art Toni Maraini, qui enseigna aux Beaux-Arts de Casablanca de 1964 à 1972, est à l’honneur de la 47e édition du Moussem...