Qui a tué Ben Barka ?

Mené tambour battant, le roman graphique de David Servenay et Jacques Raynal, Ben Barka, La disparition, s’apparente à une enquête journalistique des plus palpitantes. S’appuyant sur un ensemble de documents reproduits en partie en fin d’ouvrage et sur le témoignage du fils Bachir Ben Barka – dont le récit adopte souvent le point de vue –, l’affaire mêle à la fois les services de renseignement français et le pouvoir marocain de l’époque, tenu pour responsable de l’enlèvement. Cette ancienne enquête criminelle, débutée en 1965, reste toujours « en cours dans les annales de la justice française », précisent les deux auteurs. Naviguant entre faux témoignages, révélations incertaines et imbroglio politique, le livre dresse surtout en creux le portrait d’un homme engagé pour son pays, le Maroc, mais aussi dans les luttes révolutionnaires de son temps. « Pourquoi Mehdi Ben Barka gêne-t-il autant de monde ? », se demandent Servenay et Raynal, rappelant le contexte historique de l’après-guerre, celui de la guerre froide et de la guerre des Six-Jours. Adoptant avec brio les codes du récit policier – les vignettes épurées en noir et blanc font souvent penser à l’esthétique des films de Melville –, l’ouvrage ravira autant les passionnés d’histoire que les esprits enclins à comprendre les complots ourdis dans ses coulisses. Passionnant et éclairant !David Servenay et Jacques Raynal, Ben Barka, La disparition, éditions Futuropolis, 165 p., 300 DH 

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