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4 jeunes artistes à suivre

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Corps, matière pure, ornement ou inconscient collectif… voici quelques sujets sondés par ces jeunes artistes dont le travail encore naissant ne demande qu’à s’épanouir.  Après les avoir reçus dans l’INCUBATEUR, diptyk vous présente 4 jeunes pousses dont il faudra retenir les noms: Mouna Ahizoune, Ahmad Karmouni, Amine Asselman et Oumaima Abaraghe. Ils nous expliquent, avec leurs propres mots, la démarche artistique qui est la leur. 

Composition d’asguin, 2023, formes diverses

Mouna Ahizoune révèle l’essence tragique du corps

Fraîchement diplômée des Beaux-arts de Tétouan, Mouna Ahizoune nous accueille à Rabat pour son open studio à l’appartement 22, où elle nous dévoile le fruit de ses quinze jours de résidence.

« La relation entre la mémoire et le corps m’a toujours fascinée. Je me suis souvent retrouvée à questionner la façon dont les souvenirs parviennent à s’ancrer profondément en nous, sans pour autant être concrets. Je suis convaincue que plus le cumul mémoriel que nos corps comportent est significatif, plus leur dimension tragique s’amplifie. Cette idée d’associer le corps à la tragédie m’est venue alors que je contemplais les pieds de ma mère. Ces membres, les premiers à ressentir le contact de la terre, supportent toute la pesanteur de notre existence et résument pour moi l’essence de la tragédie humaine. Je base toujours mes recherches et travaux sur la performance ; je pars d’un langage purement corporel pour aboutir à des productions visuelles, que ce soit en dessin, photographie ou installation. J’essaie également d’introduire différentes matières et médiums, comme dans ce projet avec l’asguin, une roche sédimentaire argileuse présente abondamment dans la région où j’ai grandi, dont la texture à la fois rigide et fragile, ainsi que la couleur, m’ont permis de concrétiser mes idées. Mon corps est mon terrain d’expérimentation principal, je m’en sers pour explorer, pour repousser les limites et remettre en question ma réalité. »

Propos recueillis par Insaf Benali

Ahmad Karmouni capture le potentiel esthétique du sel

Également diplômé de l’Institut National des Beaux-Arts de Tétouan en 2019, Ahmad Karmouni vit et travaille dans sa ville natale, Assilah, où il développe une recherche autour du sel.

« Ayant grandi dans le blanc des marais, le sel est rapidement devenu l’objet de toute ma curiosité. Cet ingrédient si discret lorsqu’il est en pincée peut se révéler grandiose lorsqu’on l’empile et qu’il papillonne avec les montagnes. Il sait se transformer et donne naissance à des créations artistiques éternellement renouvelées. J’aborde le sel sous un angle contemplatif. Je l’observe et j’interagis avec sa résistance comme avec sa fragilité, tout en lui laissant le temps d’interagir et de dialoguer avec d’autres matières (cuivre, chaux, pierre…). De ces réflexions plastiques sont nés plusieurs projets : Fawqa Lmilh, Fleur de Sel ou encore Lambout. Lambout est le résultat de plusieurs mois de récolte durant ma période de résidence à la Fondation Fiminco, et même après. À défaut de pouvoir récolter du sel de mer, j’ai dû le puiser dans une autre source génératrice : les larmes humaines. Cette collecte sensible m’a fait découvrir la dimension intime de ce minéral. Ce projet est né de l’envie de travailler sur l’émotion et ses expressions : purificatrices, cathartiques et vulnérables. C’est une recherche qui vise à capturer les instants éphémères d’émotion, via un dispositif immersif et participatif mêlant son, performance et installation. Signifiant “entonnoir” dans le nord du Maroc, Lambout fait également référence au lacrymatoire romano-grec. Encore une autre façon pour moi de m’intéresser au sel, à ses symboles, ses multiples dimensions et fluctuations. »

Propos recueillis par Achraf Remok

Lag, 2021, zellige sur acier, 30 x 70 cm. © Fondation Montresso

Amine Asselman déconstruit le motif ornemental

D’origine marocaine, Amine Asselman est né en France en 1989 et a grandi en Espagne. Une mosaïque d’influences qui entre en résonance avec l’assemblage du zellige, que ce docteur en art contemporain a choisi pour langage pictural.

« Voilà dix ans que je suis fasciné par le zellige. Je le vois presque comme un puzzle qui me sert à construire mon identité, qui parle de moi et de la région où j’ai grandi. Comme je suis à la fois dans le domaine de l’art et du design, le zellige fait sens dans ma démarche artistique ; mon travail tente de proposer un regard neuf sur cette technique qui a du mal à se réinventer dans l’architecture moderne. J’aimerais montrer son potentiel illimité pour la création contemporaine. Pour mes compositions, je choisis des formes simples que je découpe, en gardant à l’esprit la signification de chacune d’elles ainsi que les limites techniques de la céramique. Puis je les ordonne dans des oeuvres de taille monumentale qui me servent à aborder des sujets de société tels que l’inégalité, les différences culturelles ou le changement climatique. Par exemple, dans l’une de mes pièces, j’ai représenté des poissons en mutation pour parler des interactions entre les communautés, là où des représentations de bateaux font allusion aux migrations et aux échanges économiques et culturels. Pour mon projet MUSAIC, j’ai tenté de matérialiser le langage musical en compositions mosaïques, à l’aide de pièces qui représentent visuellement les notes et les partitions. On pourrait dire que mon approche du zellige est un art mathématique ou un jeu géométrique qui me sert à toucher du doigt l’infini. »

Propos recueillis par Achraf Remok

History as they present it, 2022, collage sur papier, 102 x 72 cm. Courtesy de l’artiste

Oumaima Abaraghe explore l’inconscient collectif

Lauréate de l’INBA de Tétouan, la jeune artiste de 23 ans réactive l’histoire des famines au Maroc pour sonder l’« oralité affective » qui enjolive les récits intergénérationnels.

« Comment les souvenirs d’enfance et mon expérience personnelle, transmise par ma famille et mes ancêtres, s’entremêlent-ils avec ceux qui me viennent de la mémoire collective ? C’est la question que je me suis posée lorsque j’ai commencé il y a deux ans le projet Jrada Malha consacré à l’histoire de la famine au Maroc. Jrada Malha est le nom d’une comptine qui a pour toile de fond une invasion de sauterelles, vestige des grandes famines qui ont accablé le Maroc au XXe siècle. J’estime qu’il est possible de remettre en question l’exactitude et l’exhaustivité des traces écrites ou officielles, mais aussi de réévaluer la part personnelle de cette transmission, de mieux comprendre comment cette « oralité affective » peut nous déconnecter des réels messages transmis de génération en génération. Mon objectif avec Jrada Malha est de réactiver l’histoire et de trouver de nouveaux moyens visuels pour la communiquer au public. Pour cela je fais appel à diverses techniques : des collages réalisés à partir de textes et de photographies historiques, des sculptures, des installations sonores et des dessins… Sensiblement, la voix nous ramène à nos premiers souvenirs, c’est la voix que nous entendons enfant, qui nous parle avec beaucoup de tendresse de la réalité, de la dureté du monde. Là où le coeur bat, la voix ne se tait pas. »

Propos recueillis par Achraf Remok

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