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[Expo] Le MACAAL tombe les masques !

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Le nouvel accrochage du MACAAL, “Welcome Home Vol. II”, invite à réfléchir aux différents avatars du visage dans la création contemporaine du continent africain. 

En ces temps de disette artistique, il est des expositions qui donnent plus de grain à moudre que d’autres. À travers un accrochage des plus réussis, l’exposition “Welcome Home Vol. II” du MACAAL arrive non seulement à donner un aperçu d’une collection forte de plus de 2000 œuvres mais incite à réfléchir à la question du masque et du visible. D’entrée de jeu, une pièce textile du Franco-Béninois Emo de Medeiros nous confronte à la turbulence d’un univers fait de formes et de couleurs dans lequel ne surnagent que des visages masqués. Toute ressemblance avec notre quotidien est ici bien peu fortuite !

Emo de Medeiros, Notwithstanding the forces at hand, série Surtentures, 2018. Textile, 200 x 200 cm. © Alessio Mei

Sans appuyer le propos, le parcours nous confronte aux différents avatars du masque dans l’art contemporain africain : des sculptures faites de bric et de broc du Béninois Calixte Dakpogan érigeant le déchet industriel au rang de masque totémique jusqu’aux créatures hybrides mi-humains mi-oiseaux du peintre congolais Pierre Bodo qui se perpétuent dans un portrait réalisé par son fils, Amani Bodo, où une simple chevelure de femme se prolonge en branches cosmiques. Entre filiation vaudou et satire sociale, le masque catalyse toutes les énergies créatrices.

Vue de l'expo Welcome Home, vol. II crédit photo Ayoub El Bardii

La crise du visible

Le genre du portrait se taille ici la part du lion, quand bien même l’exposition fait aussi dialoguer subtilement les œuvres d’artistes contemporains béninois ou congolais avec celles d’artistes emblématiques de la modernité marocaine représentée par Yamou, Hamidi ou le regretté Melehi. Dans un alliage tout aussi subtil, les portraits photographiques de Jeremiah Quarshie ou Ayana V. Jackson côtoient les toiles d’Anuar Khalifi ou les portraits gravés sur caoutchouc de M’Barek Bouhchichi.

Anuar Khalifi, Roses & cockroaches, 2018 Acrylique sur toile, 183 x 144 cm © Galerie Shart

Mais là où l’accrochage finit par emporter totalement l’adhésion, c’est lorsque les œuvres singulières du Tunisien Nidhal Chamekh, du dessinateur marocain Soufiane Ababri ou du peintre tunisien Rafik El Kamel mettent en crise le caractère mimétique même du portrait pour amener à nous interroger sur les frontières poreuses séparant le visible de l’invisible. Qu’il s’agisse avec un dessin d’Ababri tiré de la série Bedwork de subvertir la vision à travers le simple motif d’un miroir ou avec une oeuvre tirée de la série Nos images de Chamekh consacré à l’iconographie coloniale d’inciter le spectateur à aller au-delà des apparences grâce à la superposition de deux visages. Que ces visages qui sont les nôtres puissent nous masquer tout autant qu’ils nous révèlent n’est pas le moindre des paradoxes auquel cette exposition enthousiasmante nous invite à réfléchir !

Olivier Rachet

“Welcome Home Vol.II, MACAAL, Marrakech, jusqu’au 10 janvier 2021.
Nidhal Chamekh, Nos visages D, encre sur tissu, 2019, 140 x 120 cm
Soufiane Ababri, Bedwork, 2019, crayon de couleur sur papier, 57,5 x 76 cm. Courtesy Kulte Center for Contemporary Art, Soufiane Ababri & Praz-Delavallade
Calixte Dakpogan, 2011, Fer, verre, aluminium, plastique, 49 x 33 x 15 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie MAGNIN-A, Paris

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