[Work In Progress] Avec Ilias Selfati, shooter toute la violence du monde

Débutée pendant le confinement, la dernière série d’aquarelles d’Ilias Selfati, Shooters, réagit avec une douce violence à une actualité brûlante. 
Shooters. Comme ces nouvelles qui nous tombent dessus chaque jour et à toute heure. Ou ces images qui font irruption à tout moment dans nos vies comme autant de balles perdues. L’actualité dans toute sa vitesse d’exécution nourrit l’imagination de Selfati depuis sa participation à la Nuit Blanche parisienne en 2015, où les attentats parisiens avaient paradoxalement déclenché en lui un processus créateur. Processus poursuivi en 2019 avec sa participation à la Carte Blanche de Mohamed El Baz lors de la Biennale de Rabat où ses dessins en forme de vignette racontaient déjà toute la violence du réel.

Dessiner pour ne pas être englouti par un monde qui tourne plus vite que nous : des crânes dégoulinant de couleurs qui donnent l’impression de nous narguer, des explosions de rouge ou de vert qui rappellent les éclaboussures de Cy Twombly, des animaux désarticulés qui s’apprêtent à être sacrifiés, des couronnes mortuaires menaçantes comme un virus, l’anatomie d’un insecte démesurément grand. « Shooter par rapport à la violence des images que l’on reçoit tous les jours », commente l’artiste.

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©Ilias Selfati

Pour cette nouvelle série, Selfati opte pour la rapidité d’exécution de l’aquarelle. Le dessin est précis, les couleurs quadrillent souvent la surface, quand elles ne se transforment pas en coulures sanguinolentes. « Je suis entre la pluie et l’eau, entre le calme et le volcan », précise le peintre qui se caractérise aussi comme « un optimiste désespéré ». Jamais sans doute son trait n’aura-t-il été aussi peu domestiqué, la couleur aussi affranchie. Un vent de liberté frondeur porte au sommet cette figuration narrative que Selfati maîtrise avec une rare incandescence, entre lyrisme et tragique ; à l’image de la peinture espagnole qu’il affectionne tant.
Olivier Rachet

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©Ilias Selfati

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©Ilias Selfati

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©Ilias Selfati

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