[Mots de tête] David Goldblatt, photographe Noir & Blanc

David Goldblatt est décédé en juin 2018, quelques semaines après sa première grande rétrospective au Centre Pompidou. En plus de 200 tirages, on y découvrait sa démarche mesurée, portraiturant aussi bien les petits propriétaires afrikaners que les Sud-africains noirs confinés dans des bantoustans tribaux pendant l’apartheid.

En cette période de confinement, le Centre Pompidou propose une immersion prenante dans l’univers du photographe sud-africain à travers 7 vidéos dans lesquelles il commente en personne ses plus célèbres clichés. Portrait en quelques citations de cet artiste pour qui l’Afrique du Sud, ni noire ni blanche, était à appréhender dans les zones grisées du réel.

https://www.youtube.com/playlist?list=PL5RSjCvtcKQj40X8R2eRiyNjrxTQlWSWy

« Quelque chose de la réalité s’empare de moi. Quelque chose qui stimule, irrite, séduit. Je veux m’en approcher, l’explorer, le voir avec toute l’intensité et la clarté dont je suis capable. Pas pour acheter, posséder, coloniser ou m’approprier ce morceau de réalité, mais pour faire l’expérience de son existence et en livrer un condensé par la photographie »

2018, entretien Centre Pompidou

david-goldblatt-antidote-OK
David Goldblatt, Miss Lovely Legs Competition, 1979-1980.

« La couleur était trop douce pour parler de l’apartheid. J’avais besoin du noir et blanc pour exprimer la colère »

Le 20 janvier 2011, dans Afrique in Visu

4-racially-split-subway-david-goldblatt-paris-photo-goodman-gallery
David Goldblatt, metro séparé selon la couleur de peau. Courtesy David Goldblatt

« Quand j’avais un an, ma mère employait une jeune Africaine. Elle s’appelait Martha. Elle est devenue ma nounou et une autre mère pour moi. Quand j’avais 16 ans, elle venait parfois me voir le soir et me demandait : « S’il vous plaît, pourriez-vous m’écrire une permission spéciale ? »  C’était une note pour l’autoriser à parcourir les rues après 21 heures, heure du couvre-feu, et rejoindre son domicile. Je ne peux pas vous dire à quel point cela m’a affecté »

Le 30 juin 2018 dans Review, The Weekend Australian

David_Goldblatt_-_Young_men_wit.width-800.jpegquality-70-OK
David Goldblatt : “Jeunes hommes montrant le dompas, pièce d’identité que tout Africain âgé de plus de 16 ans devait porter sur soi. White City, Jabavu, Soweto, Johannesburg, novembre 1972. »
Epreuve numérique sur papier baryté, 28 x 28 cm. Courtesy David Goldblatt et Goodman Gallery Johannesburg et Cape Town.
© David Goldblatt

« Je n’ai jamais considéré la caméra comme une arme dans la lutte contre l’apartheid. Je n’étais pas là pour changer le monde. Mon point de vue est toujours resté le même : les photographes, comme les journalistes, ne devraient pas devenir des propagandistes. Ils devraient simplement révéler la vérité »

Le 30 juin 2018 dans Review, The Weekend Australian

goldblatt-travailleurs-noirs-OK
Going Home – Marabastad-Waterval route, 1984, Photographie argentique sur papier à base de fibres. Courtesy Goodman Gallery, et The David Goldblatt Legacy Trust

« La photographie, je ne l’ai pas apprise par moi-même, je me la suis enseignée ! L’Afrique du Sud était très isolée de l’Europe et des Etats-Unis mais j’ai quand même eu accès à des livres, des magazines. J’ai découvert Walker Evans, Paul Strand, Irving Penn, Cartier-Bresson… De grandes figures qui m’ont influencé. Dans les années 50, ma technique était atroce, tout était le fruit du hasard. Je me suis amélioré avec l’expérience car il n’y avait pas d’écoles. Aujourd’hui, je dirais que 75% de ma technique est encore le fruit du hasard ! »

Le 20 janvier 2011, dans Afrique in Visu

David_Goldblatt_-_Hold-up_in_Hillbrow_Johannesburg-OK
Hold-up in Hillbrow, Johannesburg. 1963 photographie argentique sur papier à base de fibres. Courtesy Goodman Gallery et The David Goldblatt Legacy Trust

« L’apartheid est devenu un thème central de mon travail, mais ce qui me préoccupait vraiment, c’était nos valeurs… Comment en sommes-nous arrivés là ? »

Le 30 juin 2018 dans Review, The Weekend Australian

david-goldblatt-pont-OK
Passerelle enjambant la voie ferrée, Leeu Gamka, province du Cap-Est, 30 août 2016. Passerelle avec double escalier séparé pour « blancs » et « « non blancs », conformément à la loi n° 49 sur les équipements publics séparés de 1953. Courtesy David Goldblatt et Goodman Gallery Johannesburg et Cape Town.

« Johannesburg est une ville fragmentée depuis sa création en 1886. Dès le départ, les blancs n’ont pas voulu des gens de couleurs parmi eux et ce, bien avant l’apartheid. Il y a donc eu fragmentation en fonction des races et des classes, et, souvent, les deux se rejoignaient. Ça a déterminé la géographie de la ville et je pense que ces fractures vont perdurer encore très longtemps, peut-être pendant encore 50 ou 100 ans… »

Le 20 janvier 2011, dans Afrique in Visu

Emmanuelle Outtier

À la une

Vue de la Somerset House lors de la 14e edition de 1-54 Londres

1-54 Londres : l’effet tremplin

Treize ans après sa création, la foire 1-54 a-t-elle réussi son pari ? Pensée comme une plateforme de visibilité internationale pour les galeries et artistes...

Vue du stand de La Loft Art Gallery, Frieze Masters 2026. © David Owens

Londres, hub des modernismes arabes et africains

À Londres, Frieze Masters et 1-54 accordent une place croissante aux modernismes arabes et africains longtemps marginalisés par l’histoire de l’art occidentale. Au-delà de leur...

Vue de l'installation Hold de Tarek Atoui à la Tate Modern. © Tate Photography / Yiil Liu.

Des sons pour les yeux las : Tarek Atoui à la Tate Modern

Dans le Turbine Hall de la Tate Modern, l’artiste libanais Tarek Atoui déploie Hold, une installation sonore immersive dont notre auteure Vamika Sinha livre une...

Toni Maraini enseigne l’histoire de l’art à l’École des beaux-arts de Casablanca, 1965. Photo : Mohamed Melehi, courtesy des archives Toni Maraini.

Toni Maraini, aux avant-postes de la modernité marocaine

L’historienne et critique d’art Toni Maraini, qui enseigna aux Beaux-Arts de Casablanca de 1964 à 1972, est à l’honneur de la 47e édition du Moussem...