[Portfolio] Maïmouna Guerresi, chantre du métissage

L’artiste italo-sénégalaise célèbre le mélange des cultures à travers une œuvre spirituelle qui elle-même mêle les techniques : photographie, peinture, couture…

Pour Maïmouna Guerresi, la photographie est une « représentation onirique de la recherche d’une esthétique et d’un équilibre intérieur ». Une photographie multimédia au sens où l’artiste, initialement formée à la peinture et la sculpture, peint très précisément les fonds de ses compositions. Depuis 2008, les personnages des séries Giants, Aisha in Wonderland, The Throne ou Meating se dressent devant des murs colorés où se dessinent une carte de l’Afrique, une mosquée, un arbre de vie, des calligraphies… Maïmouna Guerresi élabore aussi avec soin les vêtements aux structures architecturales portés par ses modèles. Ils sont faits de tissus précieux – brocards, soies, wax aux motifs modernistes –, choisis lors de ses voyages en Inde, au Maroc ou au Sénégal, voire peints dans la série Aisha in Wonderland, « créant ainsi des artefacts personnels et uniques ».

Ces matières précieuses contrastent avec les objets d’usage courant, répliqués comme des ready-made, qui apparaissent dans ses scènes : pneus, bidons en plastique, vis de forage, jerricans… Maïmouna Guerresi aborde ainsi des problèmes d’actualité, comme l’exploitation des matières premières, et affirme son art comme « une condamnation des idées préconçues et des peurs créées par l’ignorance qui créent un terrible radicalisme, et contre cette pratique qui consiste à diviser et étiqueter les humains ».

_N9)-What-kind-of
What Kind Of, série Aisha in the Wonderland, 2016, tirage Lambda, 125 x 127 cm

MADONES ŒCUMÉNIQUES

Élevée dans la religion catholique et convertie à l’islam mystique, l’artiste italo-sénégalaise veut « affirmer l’identité comme un métissage, un mélange hybride de cultures africaines et occidentales, liées par la spiritualité islamique. Le métissage se réfère aussi au mot «tissage» qui signifie entrelacer, construire. C’est le résultat d’une pratique manuelle attentive, mais aussi d’un processus mental et intérieur qui s’exprime par la quête de la connaissance, mais aussi à travers l’islam qui, dans mes œuvres, est représenté sous forme de symboles, de signes et de personnages ».

Si elle se réfère à cette spiritualité, si ses modèles sont orientaux ou africains, on pense aussi à la Cène de Leonard de Vinci ou aux vierges de Piero della Francesca. Ce que Maïmouna Guerresi confirme : « les poses des personnages, les costumes et les scènes reconstituées font référence aux Madones, aux Saints, au Gothique tardif et à la Renaissance ». Elle réalise ainsi une œuvre œcuménique qui explore « la métamorphose, le contact mystique, l’élévation, les rituels où la spiritualité prévaut sur la matière, et se réfère aux origines communes des trois grandes religions monothéistes ». C’est certainement cette sensibilité, cette lumière particulières qui lui valent sa reconnaissance internationale. Son travail a été montré à la Biennale de Venise et à la Documenta de Kassel, dans de grands musées comme le Lacma de Los Angeles ou le Musée de Sharjah, ou encore à l’IMA à Paris puis récemment à Rabat dans le cadre de l’exposition «Trésors de l’Islam en Afrique».

Pascale Le Thorel

N11)-M-Eating--Sufi-©Maïmouna-Guerresi-
M-eating, Sufi, série M-eating, 2013, triptyque, tirage Lambda, 200 x 115, 200 x 83, 200 x 115 cm (total 200 x 319 cm)

N2)RHOKAYA©Maïmouna-Guerresi--
Rhokaya, série The Giants, 2010, tirage Lambda, 200 x 125 cm

N6)Her-Private-Garden
Her Private Garden, série Aisha in the Wonderland, 2016, tirage Lambda, 200 x 125 cm

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