[Expo] À Rabat, fulgurant Gharbaoui !

L’exposition « Gharbaoui – L’envol des racines » que consacre le Musée Mohammed VI au pionnier de l’abstraction au Maroc révèle la cohérence et la fulgurance d’un parcours hanté par la lumière. 
14 ans à peine séparent la première exposition de Gharbaoui en 1957, après l’obtention de son diplôme aux Beaux-Arts de Paris, et sa disparition en 1971. 14 ans d’un parcours fulgurant où la gestualité règne en maître. L’exposition curatée aujourd’hui par Ghitha Triki, fruit d’une collaboration entre la Fondation Nationale des Musées, la Fondation Al Mada et la Fondation Attijariwafa Bank, suit ici un parcours chronologique et entend révéler à la fois les errances de l’artiste et sa passion fixe de la peinture.

Errances qui le conduisent d’une ville à l’autre, à travers des allers-retours incessants entre la France et le Maroc ; errances d’un lieu de résidence à un autre : de son atelier baptisé L’Œuf au Chellah de Rabat où il conçoit ses superbes envols de cigognes à la mine de plomb, au monastère de Toumliline où il se prête à une peinture de paysage étonnante. Errances enfin qui sont le fruit des nombreuses rencontres qui sont les siennes : des peintres de la Nouvelle École de Paris dont Hans Hartung qui lui inspire sans doute une abstraction lyrique où le geste se déploie avec ivresse, aux membres du groupe CoBRa dont Karel Appel qui inspire quelques toiles peintes de 1963 à 1969 où la matière prend du relief. Très vite, Gharbaoui abandonne l’abstraction encore géométrique de ses débuts parisiens pour une impulsivité du geste qui fut incomprise à son époque, mais reste contemporaine de l’expressionnisme abstrait.

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Jilali Gharbaoui: Djilis. 1959. Mixte sur toile. 96,5×162.
COLLECTION ATTIJARIWAFA BANK

Quelles que soient ces influences dont le parcours d’exposition rend intelligemment compte, Gharbaoui ne déroge pourtant jamais à la règle qu’il s’est lui-même fixée dès ses débuts : celle de percer la lumière, « une volonté tendue comme une flèche vers l’insondable », écrit justement Ghitha Triki. La gestualité qui est la sienne n’est nullement synonyme d’affèterie. Elle témoigne au contraire d’un tourment intérieur et d’une angoisse existentielle dont ces yeux sans orbite, ces formes abstraites faisant penser à des arbres calcinés ou à des corps décharnés, ces envols de cigognes sont le signe inextinguible.

FONDATION ONA
Jilali Gharbaoui: Composition. 1956.gouache sur
papier. 49,5×64,5. COLLECTION FONDATION AL MADA

Au final, il reste le bleu. Ce bleu que le peintre disait avoir découvert en Italie et qui rappelle les fresques de Giotto. Ce bleu qui hante ses dernières toiles comme le témoin d’une quête intérieure restée tragiquement inachevée et que le Musée Mohammed VI nous invite à redécouvrir. Le titre de l’exposition, « L’envol des racines », est emprunté à Khatibi qui pourrait à travers cette expression rendre compte du sens ultime de la peinture de Gharbaoui : une tentative désespérée de s’arracher aux contingences de la forme pour retrouver l’essence même de la lumière. Le miracle aura eu lieu.
Olivier Rachet

Exposition « Gharbaoui – L’envol des racines », Musée Mohammed VI, Rabat, jusqu’au 8 février 2021.

FONDATION ONA
Jilali Gharbaoui: Composition.1959. huile sur toile. 50×65.
COLLECTION FONDATION AL MADA

FONDATION ONA
Jilali Gharbaoui: Composition. 1960. mixte sur toile.100×65,5.
COLLECTION FONDATION AL MADA,

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