[Expo] Douala, Paris et Tanger sur la même longueur d’onde

Temps fort de la saison Africa 2020, l’exposition « Zone Franche » est le fruit de la collaboration entre trois espaces urbains ancrés à Paris, Tanger et Douala. Des échanges d’un rare dynamisme et une logique de flux à voir comme les prémices du monde à venir. En attendant la réouverture des musées en France, l’exposition se découvre en ligne.
Bien plus qu’une exposition, « Zone Franche » est avant tout un processus. Un projet collaboratif issu des échanges entretenus pendant plus d’une année entre l’Institut des Cultures d’Islam (ICI, Paris), la plateforme Think Tanger (Maroc) et l’espace Doual’art (Cameroun), association fondée en 1991 par la princesse Marilyn Douala Bell, l’une des quatre co-commissaires de l’exposition avec Hicham Bouzid et Amina Mourid. Les échanges ont d’abord pris la forme de workshops que les fondateurs de Think Tanger présentent comme « une invitation à découvrir et à déconstruire ce que sont nos trois territoires ». Puis, en raison de la crise sanitaire, de réunions hebdomadaires par Skype interposé. Ce dialogue, ainsi mené avec une centaine de représentants des sociétés civiles camerounaise, marocaine et parisienne, est restitué dans la dernière partie de l’exposition, à travers des vidéos notamment.

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Malala Andrialavidrazana, Figures 1937, Lignes télégraphiques et sous marines.

Les questions de l’informel ou des flux de personnes et de marchandises sont au cœur du parcours d’exposition. Comme le phénomène des constructions spontanées à Tanger, évoquées par le photographe Hicham Gardaf, ou la contrebande à la frontière de l’enclave espagnole de Ceuta dans la vidéo de Randa Maroufi, Bab Sebta. « L’objectif de cette saison, c’est d’entendre l’Afrique qui parle d’elle-même », rappelle Amina Mourid à propos de la Saison Africa 2020 dont l’exposition est l’un des temps forts.

Mais derrière cette volonté de prendre à rebours la notion enclavée de zone franche pour donner à voir les énergies créatives à l’œuvre sur le continent africain, se devine aussi une aspiration commune à construire les utopies de demain. À l’image du paysage poétique dessiné pour l’occasion par Chourouk Hriech dans lequel des références aux trois villes se superposent. Ou encore de l’Afro, monnaie créée pour l’occasion par Mansour Ciss – qui pourra d’ailleurs être utilisée à l’intérieur de l’ICI pour consommer un café ou un plat – et que l’artiste sénégalais a tenu à associer iconographiquement à des figures de résistance de l’art africain dont Bibi Silva pourrait être l’emblème. Un autre monde est encore possible !
Olivier Rachet

Exposition « Zone Franche » et Quartier général de la saison Africa 2020, Institut des Cultures d’Islam, Paris, jusqu’au 1er août 2021.

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Jean David Nkot, PO.BOX, Surface, technician.

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Randa Maroufi, Bab Sebta, film, 2019, Barney production et Mont Fleuri production.

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Hicham Gardaf, Suburbs of Tangier, 2014, Courtesy Hicham Gardaf / Galerie 127

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