L’art marocain perd son dandy magnifique

Jamal Boushaba était une figure intellectuelle de Casablanca. C’est d’ailleurs une ville qu’il connaissait à la perfection. Je l’ai connu en 96 à la rédaction de la vie éco. Nous avons vécu ensemble, avec Ahmed Benchemsi, Ali Amar et bien d’autres la très grande époque de cet hebdo à un moment où la parole se libérait au Maroc.

Jamal était déjà ce dandy casablancais toujours habillé à la perfection et parfumé avec une grande élégance. Déjà, il était une star de notre rédaction avec son verbe très particulier, ce ton théâtral et la couleur volontiers ironique qu’il donnait à tous ses papiers.

Il a été, pendant les presque trois décennies qui ont suivi, de tous les projets éditoriaux sérieux, toujours sollicité pour sa culture et son style. Moi-même j’ai publié quelques textes de Jamal en ayant soin de toujours lui confier des sujets dans lesquels il excellait : Casablanca, et les Casablancais.

Déjà rendue morne par le Covid, avec Jamal la vie casablancaise perd une figure remarquable, un piéton savant, un dandy bavard et drôle, maniant une langue dont il se délectait. « Mon père était fonctionnaire et a toujours pris soin de nous entendre parler un français livresque » l’ai-je souvent entendu dire avec humour et fierté.

Adieu Jamal, tu es celui avec qui j’ai préféré me disputer et dire les choses vraies parce qu’avec toi, se disputer était un art majeur! Je regrette cependant de ne pas avoir eu ( pris ?) le temps de te dire au revoir.
Meryem Sebti, Directrice de la publication et de la rédaction

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