[Actu] Eugène Delacroix (enfin) au Musée Mohammed VI

“Delacroix est de retour au Maroc !”  Mehdi Qotbi ne cachait pas son exaltation lors des 10 ans de la Fondation Nationale des Musées, le 8 juin dernier. L’exposition consacrée à Eugène Delacroix était annoncée de longue date. Elle se tiendra finalement du 7 juillet au 9 octobre au Musée Mohammed VI.

Intitulée « Delacroix, souvenirs d’un voyage au Maroc », cette exposition-événement – une “première sur le continent africain et dans le monde arabe” – rassemblera tableaux, esquisses et aquarelles qui seront mis en miroir avec des objets que le peintre rapporta de son périple marocain.

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Amin-Bias, ministre des finances et des affaires étrangères au Maroc en 1831 Le portrait appartient à un album dit « Album Mornay » réalisé par l’artiste à Toulon entre le 5 juillet et le 20 juillet 1832 RF4612-recto Delacroix Eugène (1798-1863) Localisation : Paris, musée du Louvre, D.A.G. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Thierry Le Mage

“Je suis dans ce moment un homme qui rêve”

Car le Maroc a indéniablement et durablement influencé le peintre français. Il faut se replonger en 1832 lorsque le jeune peintre, alors âgé de 34 ans, débarque à Tanger pour une mission diplomatique emmenée par le Comte de Mornay. Ce périple qui ne devait durer que quelques semaines se prolonge 6 mois durant lesquels Delacroix va crayonner frénétiquement 7 carnets de voyage. “ Nous avons débarqué au milieu du peuple le plus étrange. Le pacha de la ville nous a reçus au milieu de ses soldats. Il faudrait avoir vingt bras et quarante-huit heures par journée pour faire passablement et donner une idée de tout cela (…) je suis dans ce moment un homme qui rêve et qui voit des choses qu’il craint de voir lui échapper », écrit-il dans ses correspondances.

Delacroix se laisse séduire par la lumière et ses contrastes vifs, réminiscence de son enfance à Marseille – “peut-être le souvenir confus du soleil du Midi, que j’ai vu dans ma première jeunesse, se réveille en moi”. Son observation curieuse des mœurs du pays donneront de célèbres compositions comme Noce juive au Maroc ou comme le portrait du Sultan Moulay Abd al-Rahman, aperçu à Meknès. Car Delacroix ne peint ses grandes huiles qu’une fois de retour à Paris. Au Maroc, le peintre réalise essentiellement des croquis et des aquarelles, le temps de séchage de la peinture à l’huile ne se prêtant guère aux contraintes du voyage. Et c’est par réminiscence que Delacroix reconstitue son expérience marocaine. Delacroix poétise le Maroc sans le fantasmer et évacue tout exotisme ethnologique dans lequel nombre d’orientalistes ont versé. Son sujet reste et restera la peinture.

« Delacroix, souvenirs d’un voyage au Maroc » est le fruit d’une collaboration avec le Musée national Eugène Delacroix, Établissement Public du Musée du Louvre.
Emmanuelle Outtier

Visuel en couverture : Lionne prête à s’élancer RF1397 Delacroix Eugène (1798-1863) Localisation : Paris, musée du Louvre Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

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