Le 18, le lieu des premières fois

Comment secouer subtilement non seulement une scène artistique un peu installée dans ses réflexes, mais aussi la critique qui se complaît dans sa zone de confort ? L’artiste Laila Hida, fondatrice du riad Le 18, s’évertue, dans l’exposition aporie qu’elle a curatée, à mettre en exergue la fraîcheur de toutes les premières fois, dans une sorte de provocation et de jeu de cache-cache. Affirmant dans un poème-manifeste que « l’amour fait mal dans un endroit qui n’existe pas », Laila Hida donne le ton.

Elle ouvre son propre projet artistique, éditorial et curatorial dénommé « Everything is temporary » pour y insérer une exposition collective en forme de studio performatif, sans thème à proprement parler ni cohérence identifiable. L’exposition montre, outre un extrait de sa recherche, des travaux disparates de douze artistes et l’improbable ChatGPT, avec l’aide de tout un réseau d’artistes et amis. Ouvert il y a dix ans, l’espace d’art Le 18 apparaît comme « le lieu de l’insaisissable, de l’expérimental, de l’échec et de la réconciliation, le lieu des premières fois », dans le même poème-manifeste.

La curatrice constate tout de même, de manière poignante, à la Neruda, que « nous ne sommes déjà plus les mêmes ». Devant la fatalité qui hante l’aventure collective ou la foi en l’innocence paradoxale, l’exposition hésite, comme la balançoire de Nabil Himich installée au centre du riad, entre être et ne pas être. On notera que la sculpture Sick Cloud de Lotfi Souidi, sur le toit, semble aussi vouloir désespérément s’échapper et s’envoler.
Juan Palao

« Toutes les premières fois », Le 18, Marrakech, jusqu’en mai 2023.
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Nabil Himich. Courtesy de l’artiste et Le 18. Photo © Salaheddine El Bouaaichi

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