Pour sa 7e édition qui s’est clôturée dimanche, Menart Fair a attiré un public nombreux mais les collectionneurs ne se sont pas bousculés. Si les œuvres à petits prix ont trouvé preneur, les ventes sont restées modestes. Un défi pour cette foire consacrée aux scènes artistiques du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, qui doit encore transformer son succès d’estime en succès commercial.
Par Olivier Rachet et Emmanuelle Outtier
À 300 euros, les cyanotypes de la tunisienne Sirin Boubaker se vendaient. À 6 000 euros, les peintures du Libyen Fakhri Guedafi peinaient à trouver preneur. À Menart Fair, les visiteurs étaient au rendez-vous, les collectionneurs nettement moins. « Une édition difficile », résume un observateur averti de la foire, qui évoque un contexte de marché peu favorable marqué par les tensions à Paris et un nombre insuffisant d’acheteurs.
Cette année, 34 galeries venues de 18 pays avaient fait le déplacement à Paris, dont 47 % renouvelaient leur participation. De quoi témoigner d’une certaine fidélité des exposants, mais pas nécessairement d’une dynamique commerciale. Shiran Ben Abderrazak de la galerie bruxelloise Armature (et collaborateur de Diptyk), a réalisé quelques ventes grâce essentiellement à son réseau. Sur place, beaucoup de curieux, peu de collectionneurs. Quelques stands ont tiré leur épingle du jeu, essentiellement sur des œuvres à moins de 1 500 euros.
Pas de quoi décourager le galeriste, venu avant tout faire découvrir le travail de la Tunisienne Sirin Boubaker, dont il présentait les peintures douces-amères et les cyanotypes dans le secteur Revealing. Pari réussi de ce point de vue. Et c’est tout le paradoxe de Menart : une foire qui suscite la curiosité, bénéficie d’un véritable succès d’estime, mais dont les ventes reposent encore largement sur les achats coup de cœur, à petits prix.
Ventes inégales
De fait, ce sont les œuvres les plus accessibles qui semblent avoir séduit les visiteurs prêts à franchir le pas de l’achat. À quelques stands d’Armature, la galerie iranienne Keshavarzian, basée à Paris, présentait les linogravures de l’artiste Mojdeh Atrak, originaire de Téhéran, qui partaient comme des petits pains avec des prix allant de 600 à 8 000 euros selon les formats.
Des transactions ont aussi été conclues à des montants plus élevés. Chez Turab Art Project, galerie venue de Ramallah, deux œuvres sur papier de l’artiste palestinien Mohammed Abusal ont trouvé acquéreur pour 6 500 euros. Du côté de la galerie parisienne Bessières, habituée de la foire, les photographies du Libanais Serge Najjar, révélant des architectures géométriques frisant l’abstraction et très prisées lors de l’édition précédente, étaient proposées entre 3 000 et 5 000 euros.
Mais les ventes étaient loin d’être aussi fluides partout. Parmi les nouveaux venus, la galerie libyenne Beit Eskender peinait à trouver des acquéreurs pour les toiles de Fakhri Guedafi, proposées entre 5 000 et 6 000 euros, à l’inverse des portraits à l’huile du jeune peintre jordanien Ahmad Turki, représenté par Artinerary, une habituée de Menart Fair, qui suscitaient davantage d’intérêt. Sur des fonds monochromes rouges ou orangés, ses visages fantomatiques donnent à voir une inquiétante étrangeté.
Le défi d’un marché à construire
Reste l’épineuse question du bilan commercial, dans une année compliquée par la fermeture de la foire le samedi 24 octobre pour cause de manifestations à Paris. Un obstacle supplémentaire pour les galeries qui comptent aussi sur le week-end pour conclure leurs ventes. Mais les difficultés de Menart ne se résument pas à cette fermeture anticipée.
Laure d’Hauteville, la fondatrice de Menart, ne choisit pas la facilité. En faisant le pari d’une foire consacrée aux scènes artistiques du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, elle accueille aussi des galeries venues de régions particulièrement difficiles, comme la Palestine, l’Iran ou la Libye, encore peu présentes sur les grandes foires internationales. Un positionnement qui fait la singularité de Menart, mais qui ne suffit pas à attirer une clientèle de collectionneurs suffisamment importante. Le lieu même de la foire, dont l’espace n’est pas facile à appréhender sur plusieurs niveaux, ne favorise pas non plus sa montée en gamme.
Qu’importe, Laure d’Hauteville, qui célèbre cette année la 40e édition des différentes foires qu’elle a organisées à travers le monde, n’en reste pas moins confiante. « On est en train de grandir. Les autres foires commencent d’ailleurs à représenter des artistes de nos régions », assure-t-elle. Sept éditions après sa création, Menart Fair semble avoir trouvé son public. Reste désormais à transformer ce succès d’estime en ventes sonnantes et trébuchantes.