Bachir Demnati : La perfection du geste

«L’Exposition (In)attendue» permet de redécouvrir le peintre Bachir Demnati, quelque peu occulté par une histoire de l’art marocaine qui ne demande qu’à être complétée par le regard des nouvelles générations. Des œuvres pionnières côtoient de nouveaux travaux, réalisés pour l’occasion à partir de maquettes des années 70. 
C’est « une forme d’injustice de l’Histoire » que Hicham Daoudi entend réparer en consacrant à Bachir Demnati l’exposition d’automne de la galerie Comptoir des Mines. Quelques dates suffisent à se faire une idée de l’importance de ce peintre proche du Groupe de Casablanca. Après une formation d’architecte d’intérieur à l’École nationale des arts visuels de Bruxelles, dite « La Cambre », il intègre un cabinet d’architecte tangérois et se passionne pour l’abstraction géométrique, à l’instar de Mohamed Chabâa et Mohamed Melehi qu’il fréquentera longtemps. Il est l’un des membres fondateurs, en 1972, de l’Association marocaine des arts plastiques (AMAP) et participe en 1974 à la première exposition collective de la Galerie Nadar ainsi qu’à la Biennale de Bagdad. Un accident de voiture, en 1978, le plonge dans un profond coma dont il sortira mais qui mettra un terme à une carrière pourtant prometteuse. « La scène marocaine, trop jeune encore, ne doit pas oublier les illustres protagonistes qui ont contribué à sa reconnaissance », précise Hicham Daoudi, qui s’attache autant à promouvoir la jeune scène issue de l’école de Tétouan qu’à valoriser les artistes modernes parfois méconnus de l’école de Casablanca.

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Ondulations, Tanger, 2017, acrylique et collage sur plexiglas, 100 x 125 cm. Courtesy CM Gallery.

Ecrire l’histoire

Quarante ans plus tard, un coup de projecteur inattendu est à nouveau porté sur cette œuvre d’une très grande rigueur plastique, avec l’exposition sur la naissance de la modernité dans le monde arabe en marge d’Art Dubai 2018 (« That feverish leap into the fierceness of life » de Sam Bardaouil et Till Fellrath, lire Diptyk n°43). Une œuvre de Bachir Demnati est choisie pour figurer en couverture du catalogue, preuve s’il en était du caractère pionnier de son travail. L’exposition du Comptoir des Mines, où se côtoieront des œuvres anciennes et des créations récentes réalisées par Bachir Demnati à partir de maquettes conçues dans les années 70, témoigne d’un sens inné de l’innovation formelle. Il est l’un des premiers à utiliser des panneaux laqués, à découper des bandes de propylène pour réaliser des œuvres « hypnotisantes », selon Hicham Daoudi. « Le rythme de mes œuvres surgit de lui-même, commente Bachir Demnati, grâce à un jeu ordonné et calculé de lignes et de formes. »Privilégiant des collages sur bois ou plexiglas, mais ne délaissant pas pour autant l’acrylique, le peintre crée des espaces plastiques où la perfection des lignes entre en résonance avec des formes plus arrondies, quand elles ne sont pas ondulatoires. Comme si l’on assistait à travers le simple jeu de l’abstraction géométrique à la rencontre entre deux conceptions de l’espace, où les effets de volume sont prédominants. « La recherche du geste parfait caractérise sans doute le mieux son travail », souligne Hicham Daoudi. Attendue ou inattendue, cette exposition tombe en tout cas à point nommé pour compléter une histoire des arts plastiques qui reste en grande partie à écrire, alors que se profile le cinquantième anniversaire de l’Exposition-Manifeste de la place Jamâ el Fna et de la consécration du Groupe de Casablanca.

Olivier Rachet

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