LES LIVRES DE L’ETE: L’ŒUVRE COMME DEFI A LA MORT

Malgré les fracas, le chaos et le cauchemar de la Syrie en guerre, des œuvres belles et singulières nous parviennent malgré tout, comme autant d’actes de résistance. Avant d’être contrainte de quitter le pays, Delphine Leccas a collecté à travers les réseaux sociaux le travail de dizaines d’artistes. La plupart d’entre eux sont anonymes, protégés par des collectifs qui masquent leur identité : il y a d’abord des propositions de timbres, d’affiches, de cartes postales ou encore de campagnes photo participatives… Puis face à la sauvagerie, à l’insoutenable, la parole désespère et se libère, faisant de ces artistes autant de militants osant enfin signer leurs œuvres. A propos des images d’Akram al-Halabi, Jacques Mandelbaum nous explique qu’elles « sont prélevées sur des vidéos de massacres trouvés sur le net, que l’artiste fige en clichés flous et recouvre d’un froid linceul de mots ». L’artiste complète : « Appelons les choses par leur nom. Juste pour nous rappeler que cela existe, rien de plus. » A la fin de l’ouvrage, l’affrontement est totalement assumé : différentes personnalités du milieu de l’art syrien posent de manière frontale, en détournant le journal Baath (organe de propagande du parti au pouvoir). Des œuvres intenses dictées par la nécessité de la rébellion, qui dénoncent et hurlent plus fort que le vacarme des chars d’Al-Assad.

Syrie, l’art en armes, Delphine Leccas et Jacques Mandelbaum,co-éditions La Martinière et le Monde, 2013, 22 euros.

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