Eric Van Hove, le coeur-moteur

Une mécanique savante, minutieuse. Un coeur brisé à reconstruire, aussi. C’est là toute la folle et géniale entreprise du belge Eric Van Hove. Pour rappel, le projet réussi de V12 Laraki consistait à concevoir les pièces détachées du moteur de la première Formule 1 marocaine (jamais achevée, elle), en utilisant des techniques artisanales et des matériaux à base de métal, cuir, os, terre, bois, marbre, granite… Des matières toutes made in Morocco, et des pièces conçues par des artisans de la médina de Marrakech.

Aujourd’hui est édité ce beau livre émouvant, retraçant l’histoire de cette épopée depuis sa naissance (le projet a duré 9 mois), jusqu’à sa consécration à la Biennale de Marrakech en 2013. On y retrouve notamment les témoignages d’une constellation d’artisans qui ont apporté leur pierre à l’édifice : « Un honnête artisan a des sentiments qu’il transmet aux gens. En préservant ces sentiments, il préserve l’avenir de son commerce, puisqu’il vend des sentiments », explique Abdelkhader

« Dragon » Hmidouch, l’un des artisans piliers de cette entreprise collective.

On peut néanmoins se demander pourquoi tant d’efforts afin de produire un « vrai-faux » moteur, un objet-sculpture qui ne « fonctionnera » jamais mécaniquement. « Pour qui faisons-nous ce que nous faisons, et selon quels critères faudrait-il le définir ? » interroge à juste titre Simon Njami, dans son introduction au livre. Transformant un « ensemble d’objets ordinaires en oeuvre d’art », Van Hove réussit pour Njami « l’impossible pari de concilier l’inconciliable. De rendre l’art accessible à tous. » Une histoire beaucoup plus humaine que mécanique, finalement.

Sarah Adida.

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