Seconde vie des arbres perdus

Steph.Cop présente à Marrakech le work in progress d’une œuvre introspective sculptée à la tronçonneuse au cœur de la forêt française du Morvan.
 

 

« Il y a l’aube, et le calme plat du matin, parfois le brouillard, et à ce moment précis il ne te manque rien ni personne. Il y a le rythme de la nature et des saisons, et puis celui que j’organise, en solitaire, mais sans solitude, pour travailler autour de mon projet de sculpture. » 

Ce n’est bien sûr qu’une coïncidence si les ARO de Steph.Cop, sortes d’hymnes à la nature façonnés au plus profond de la forêt du Morvan, sont exposées au moment même où Marrakech s’apprête à accueillir la COP 22. Mais peut-être ce hasard révèle-t-il quelque chose de l’air du temps, qui voudrait engager un autre rapport à la nature ? 
 

L’exposition de Steph.Cop présente deux générations de son œuvre introspective baptisée ARO (« Analyse Réflexe Obsessionnelle ») : les ARO Copelini et les tout dernières ARO Asymmetria, données comme « une abstraction géométrique, une déconstruction d’ARO ». De façon inédite, s’y trouve documentée l’œuvre de l’artiste, avec des croquis, des études, des mesures, des géométries, des demis (sortis d’un demi-tronc), des coupes d’angle mettant en évidence les failles du bois dans lesquelles il expérimente (avec des artisans marocains) des insertions de métal, ainsi que des volumes annonçant sa tout prochaine ARO de 8 mètres de haut. 
 

Le temps a passé, depuis les années très urbaines du graffiti et des toys, au terme desquelles Steph.Cop élabore la figurine en plastique matricielle de l’ARO autour des axes de l’énergie, du futur, du réel, de l’obsession et de l’imagination. Il y a maintenant plus de dix ans qu’il s’est retiré au milieu des forêts du Morvan où il sculpte, à la tronçonneuse, les arbres centenaires abîmés, morts, perdus.
 

Trouver l’arbre
 

« Le Morvan s’est imposé à moi, entre les racines. La mélancolie du paysage et son silence m’ont ramené à une profondeur intime qui m’a permis de retrouver le bon sens ». D’abord il doit trouver l’arbre, tombé ou naturellement mort sur pied. Pour cela il prend tout son temps. Il observe, marche autour et dessus, s’éloigne, avec une préférence pour le chêne pédonculé, le plus brut, le plus abîmé, celui dont personne ne veut, qui a traversé les âges, le temps et les guerres et qui en son sein cache de la ferraille. Puis il trace, mesure, coupe, tronçonne, un corps qu’il doit transporter jusqu’à son atelier au sein d’un parc, non loin de son habitation. « On est toujours surpris, car c’est la matière qui t’emmène, au plus profond des années passées, des accidents et des failles. » Si le dévoilement, la soustraction pourrait ne jamais s’arrêter, il faut bien suspendre le geste, à un moment imprévu mais précis d’émotion.
 

« Une expérience sans fin »
 

Dès sa première sculpture, par une sorte de planification inconsciente, il met en place la notion de série. « L’ARO est une obsession en ce sens qu’elle est une succession ordonnée, mathématiquement construite, de suites découlant chacune de la précédente. C’est un inachèvement construit, une expérience sans fin ». Loin de l’art contemporain ultra-marketé, il ne revendique rien d’une approche conceptuelle. Si la construction est écrite, le fond est instinctif. « Toutes mes suites de sculptures dans lesquelles je viens mettre en lumière une forme anthropomorphique nous emmènent vers un seul et même sujet : l’arbre, qui est contemporain ». De ses sculptures tenant de l’autoportrait se dégagent de multiples résonances, une généreuse et rude tendresse, une autre mesure enfin, de l’échelle de la légende, où l’arbre devenu millénaire serait l’habitat de milliers de créatures vivantes. 
 

Corinne Cauvin

 

 

Steph.Cop, « Asymmetria », David Bloch Gallery, du 21 octobre au 20 novembre 2016.

Seconde vie des arbres perdus
Asymmetria, 250 cm © David Bloch Gallery
Seconde vie des arbres perdus
Asymmetria © David Bloch Gallery

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