Pavillons nationaux

Dans les Giardini, les participations nationales sont marquées par les maux de notre monde. Certains affichent leur engagement politique, d'autres proposent des alternatives.

 

Après la visite studieuse du pavillon central, le reste de la journée est consacré aux pavillons nationaux répartis dans les Giardini, le poumon vert de Venise… Distinguée par le Lion d’or de la meilleure participation nationale, l’Allemagne fait l’unanimité au sein de cette 57e Biennale. Au sommet d’une petite colline qui accueille également la France et la Grande-Bretagne, l’architecture totalitaire du bâtiment (construit en 1938) est renforcée par de hautes barrières métalliques qui ceinturent le pavillon. À l’intérieur, une plateforme de verre recouvre presque toute la surface, à un mètre de hauteur. Malgré une odeur de savon, il règne une ambiance inquiétante et arbitraire. Le vide… La performance tant attendue, intitulée diaboliquement Faust, n’a pas eu lieu lors de notre passage – et c’est là la limite d’une telle proposition. Il ne reste qu’à se rabattre sur Internet pour deviner l’atmosphère glaçante créée par des dobermans enfermés derrière les grilles du pavillon, par des performeurs livides, par une humanité sombre qui évolue sous les pas du public, par une représentation oppressante de l’enfermement… 

 

TEMPLES SUSPENDUS

 

À droite du pavillon allemand, le regard sur notre époque contemporaine est tout aussi lucide, mais l’approche
est poétique et subtile… Quelques marches permettent d’accéderàunpavillonjaponais desplusdépouillés. 

Né en 1975 à Hiroshima, Takahiro Iwasaki réalise des sculptures délicates qui font implicitement référence à des désastres passés ou potentiels. Des reproductions
de temples japonais, en bois, sont ainsi suspendues, dédoublées comme si elles se reflétaient dans l’eau, visions chimériques qui marquent la vulnérabilité de
ces sites patrimoniaux. Il faut ensuite porter la plus grande attention à des installations de livres ou de tissus chiffonnés, dont quelques fils tirés deviennent de délicates sculptures miniatures – grues, grande roue, pylônes de lignes haute-tension, voire une plateforme pétrolière 

qui renvoie à l’exploitation des fonds marins de l’Asie orientale… Une finesse synonyme de fragilité : élargissant son propos à Venise avec une pièce presque invisible, l’artiste nous rappelle que la Sérénissime est elle-même bâtie sur une forêts de troncs, titrant avec malice son projet Turned Upside Down, It’s a Forest…. 

La force de l’engagement est parfois inversement proportionnelle aux moyens déployés, ainsi que l’illustre, à l’inverse, le pavillon français. Construit en 1912, de facture néo-classique, le voici métamorphosé, avec une structure en bois totale, se réclamant du Merzbau de Kurt Schwitters. Véritable tour de force architectural, le Studio Venezia est avant tout une boîte à musique de luxe. Le projet d’origine se voulait festif, il est devenu exclusif. Pour cette biennale d’art, Xavier Veilhan a conçu un studio d’enregistrement suréquipé qui accueille, tout au long de la biennale,
un grand nombre de musiciens, de tous horizons et influences. Pourquoi pas ? Sauf que le public n’a d’autre choix que faire silence en pénétrant dans le pavillon, afin de pouvoir profiter de cette expérience dite « immersive » 

 

dontilrestepourtantextérieur… Laretransmissionendirect
du son depuis le pavillon sur Internet permet de ressentir ce qui s’y passe sans avoir l’impression de déranger. Où l’engagement personnel – certainement sincère – de l’artiste se fait hélas au mépris de son public (…)

 

Retrouvez la suite de cet article dans le numéro #39 de Diptyk Mag actuellement en kiosque

 

Propos recueillis par Marylène Malbert

Pavillons nationaux
Kacimi, Saint-Louis, courtesy de la CMOOA

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