Constellation des luttes

A travers une série de vidéos, installations et sérigraphies, Bouchra Khalili esquisse une cartographie des principaux mouvements révolutionnaires qui ont lutté pour l’émancipation des peuples.

 

Bouchra Khalili le répète : elle croit à une crise insurmontable des États-nations. Aussi laisse-t-elle libre cours à son rêve utopique d’un monde débarrassé de ses frontières. Les sérigraphies retraçant le parcours des migrants dont elle a recueilli les témoignages se calquent ainsi sur le motif de ces cartographies maritimes que les navigateurs dessinaient en regardant les constellations d’étoiles. « La logique du montage, c’est aussi une logique de constellation », précise-t-elle dans un entretien accordé à Omar Berrada. Bouchra Khalili donne une nouvelle visibilité aux mouvements de lutte et de résistance actuels. À l’image de ces jeunes migrants dessinant sur une carte, dans The Mapping Journey Project, leur parcours d’exilés. Ou de ces Athéniens qui se réunissent, dans The Tempest Society, pour confronter la situation actuelle des citoyens de seconde zone à l’engagement des travailleurs immigrés qui avaient monté, dans les années 70, en France, la troupe de théâtre Al Assifa pour lutter contre le racisme ordinaire. La réussite de l’exposition réside dans cette difficile articulation entre différentes vidéos et installations couvrant des temporalités éloignées. Les rapprochements peuvent paraître incongrus entre la vidéo Foreign Office ( 2015), consacrée à l’époque où Alger, « la Mecque des révolutionnaires » selon Amílcar Cabral, accueillait différents mouvements de libération d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine, et Twenty-Two hours (2018) qui évoque le soutien de Jean Genet au mouvement des Black Panthers.

 

Le titre de l’exposition, « Blackboard », renvoie à un moment révolutionnaire de l’Histoire du cinéma, lorsque Jean-Luc Godard fonda, dans les années 60, le groupe Dziga Vertov destiné à produire des films politiquement engagés. « Faire un film comme ce tableau noir » répondit, un jour, Godard à des étudiants pour leur signifier l’importance de rendre visible ce qui ne l’était pas.

 

Olivier Rachet

 

Bouchra Khalili, exposition Blackboard, Galerie du Jeu de Paume, Paris, jusqu’au 23 septembre 2018.

 

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