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Artcurial : deux ventes pour confirmer l’attrait de Marrakech

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Pour marquer l’installation de sa filiale à Marrakech, la maison de ventes parisienne programme en décembre deux vacations, dont l’une contient une toile orientaliste estimée à 11 millions de dirhams. Elle propose également la deuxième édition de sa Artweek dans plusieurs galeries et musées de la ville ocre.

Artcurial franchit le pas. Après trois ventes Paris#Marrakech en duplex avec Paris, l’enseigne française s’est installée à Marrakech en septembre. Rien d’étonnant. Depuis plusieurs années, la Ville Ocre attise l’appétit des acteurs du marché, qui y voient un « hub culturel africain » à quelques heures de l’Europe. « Le potentiel est énorme », reconnaît Olivier Berman qui prend les commandes de la filiale au Maroc. Et l’objectif, assumé : ouvrir ses vacations aux collectionneurs locaux. « On s’est rendu compte qu’il y avait une frustration. Lors des ventes en duplex, nos clients marocains ne pouvaient pas acheter à cause du contrôle des changes » (le dirham n’étant pas convertible, ndlr). Ils pourront désormais être acheteurs et vendeurs. Pour marquer le coup, un lieu, la Mamounia, et deux ventes : « Made in Morocco » dédiée aux Arts décoratifs et « Majorelle et ses contemporains » dédiée à la peinture orientaliste. Une façon pour Artcurial de rappeler ses faits d’armes : plusieurs records la désignent comme l’une des maisons de ventes les plus pointues sur le segment orientaliste.

Etienne Dinet, Le fils d'un saint M'rabeth, 1900, huile sur toile, 71,5 x 80,3 cm ©Artcurial

Majorelle détrôné par Étienne Dinet?

Si certains le disaient démodé, l’orientalisme retrouve les faveurs des acheteurs. Signal fort, les 40 tableaux de la collection Najd (Moyen-Orient), dispersés par Sotheby’s en octobre, atteignaient les 39 millions d’euros. Artcurial a toujours cru en la solidité de ce marché et déploré les raccourcis. « Dans le mot orientalisme, tout est injustement négatif », note Olivier Berman, qui espère attirer à la Mamounia des collectionneurs de toutes nationalités. Les Marocains se laisseront-ils séduire ? Pour le directeur, cela ne fait aucun doute. « La clientèle marocaine ne fait pas ce clivage entre peinture orientaliste et peinture moderne. C’est une clientèle très cultivée qui sait marier des boiseries du XVIIe siècle avec un Belkahia et un Majorelle ». Cette vacation entend battre en brèche les clichés qui collent à ce courant. « C’est toujours le problème avec les grandes catégorisations en ‘isme’, cela n’a pas beaucoup de sens. Un artiste comme Cruz Herrera n’a pas grand-chose à voir avec un peintre de la fin du XIXe siècle comme Victor Huguet, par exemple ». Pour aiguiser ses arguments, la maison de vente mise sur la toile Le fils d’un Saint M’rabeth d’Étienne Dinet, estimée entre 8 800 000 et 13 200 000 DH.

Issu de la bourgeoisie parisienne du Second Empire, ce peintre a choisi l’Algérie comme seconde patrie après un voyage fondateur en 1894. Contrairement à certains de ses contemporains, Étienne Dinet épouse la culture locale jusqu’à se convertir à l’islam en 1913 et finir ses jours dans l’oasis de Bou Saâda. « Avec l’apprentissage de l’arabe, l’accès à des textes littéraires, l’acquisition d’une bonne culture sociologique et islamologique puisée dans les travaux de l’École d’Alger, Étienne Dinet peut prétendre saisir le sens des gestes de la société qu’il observe avec soin », écrit l’anthropologue François Pouillon (in L’ombre de l’Islam, les figurations de la pratique religieuse dans la peinture orientaliste du XIXe siècle). Dans Le fils d’un Saint M’rabeth, Dinet saisit, grâce à l’expressivité des visages, toute la ferveur collective qui émane d’une célébration dédiée à un saint local. Cette grande huile annonce le tournant qu’opérera par la suite le peintre en délaissant les représentations exotisantes de baigneuses ou d’Ouled Nail pour extraire du réel des scènes de vie quotidienne saharienne.

Si Le fils d’un Saint M’rabeth sera très logiquement la pièce vedette, la vente « Majorelle et ses contemporains » réserve quelques surprises plus accessibles, comme une version des Allamattes de Jacques Majorelle (1 650 000 – 2  00 000 DH) ou trois petits tableaux de Jacques Azéma, dont l’exposition du Musée Yves Saint Laurent Marrakech permet de redécouvrir l’univers teinté de réalisme magique.

Jacques Majorelle, Les Alamattes, huile sur toile, 76 x 105,5 cm. ©Artcurial

Marrakech Artweek: acte 2

La seconde vente « Made in Morocco » dispersera bijoux, céramiques et textiles des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles provenant de trois collections marocaines. Plusieurs pièces modernes et contemporaines complètent cette vacation, comme le Cycliste de Chaibia, estimé à 220 – 330 000 DH, la Flamme bleue de Mohamed Melehi datée de 1976 (500 – 700 000 DH) ou une douzaine d’œuvres de Hassan El Glaoui, qui confirment l’attrait du marché pour le peintre récemment disparu. En avril, la toile La sortie du roi avait été adjugée 110 000 livres (1,4 million DH) chez Sotheby’s Londres. Un record. Côté contemporain, deux photographies de Leila Alaoui seront vendues au profit de la fondation qui lui est dédiée.

Chaibia, Un cycliste, 1974, huile sur toile, 100 x 81 cm ©Artcurial

Artcurial entend aussi s’intégrer pleinement dans le tissu local. Après une première édition de la Marrakech Artweek, qui fédérait l’an dernier plusieurs galeries autour d’un parcours culturel, la maison de ventes rempile. Cinq nouveaux acteurs rejoignent le projet, dont le MACAAL qui assure une caution supplémentaire à ce tout nouveau rendez-vous, et deux galeries casablancaises, Loft Art Gallery et Venise Cadre, qui se dédoublent pour capter la forte affluence de la dernière semaine de décembre à Marrakech. Ce sera aussi l’occasion pour la Voice Gallery de poursuivre son exposition de Artsimous, qui avait été interrompue par l’effondrement du toit de ses espaces en août dernier. Cette fois, elle mettra les photos décalées du duo en dialogue avec une petite quinzaine d’artistes, comme Moataz Nasr ou Soukaïna Aziz El Idrissi. Le 21 décembre, la Fondation Farid Belkahia décernera, quant à elle, son prix à deux artisans d’excellence, en souvenir de la passion de Belkahia pour l’artisanat traditionnel. Photo, peinture, installation, le programme est diversifié. Olivier Berman ne cache pas son enthousiasme : « Je pense que d’ici trois ans, l’Artweek sera entrée dans les mœurs. »

Emmanuelle Outtier

Artcurial, Made in Morocco & Majorelle et ses contemporains, La Mamounia, Marrakech, 30 décembre 2019.

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